‹ Theatre de Schiller;Chapitre 9 sur 335 · ACTE I, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE IV

tion de Tamour? Et pourtant il l'oublia, l'indigne! Il offensa votre tendresse par de bas soupçons, par des mœurs grossières, et il devint insupportable à vos yeux. Le charme qui avait trompé vos regards s'évanouit; vous avez fui, dans votre colère, les embrassements de l'infâme, et vous l'avez livré au mépris.... Et lui.. . . essaya-t-il de rappeler votre faveur ? Implora-t-il sa grâce ? S'est-il jeté, repentant, à vos pieds, promettant de s'amender? Il vous brava, l'abominable!... Lui, qui était votre créature, voulut faire le roi avec vous. Il fit percer sous vos yeux votre favori, le beau chanteur Riccio. Vous n'avez fait que venger par le sang un crime sanglant.

MARIE

Et c'est par le sang qu'à mon tour je l'expierai. En me consolant , tu ^prononces ma sentence.

KENNEDY

Ouand vous laissâtes l'acte s'accomplir, vous n'étiez point à vous-même, vous ne vous apparteniez pas. Le délire d'un aveugle amour vous avait saisie, vous avait soumise à un redoutable séducteur, au malheureux BothwelL... Il régnait sur vous par son arrogante et mâle volonté, ce terrible maître, qui vous enflammait, égarant votre âme par des philtres magiques, par les artifices de l'enfer....

MARIE

Il n'avait pas d'autres artifices que sa virile énergie et ma faiblesse.

KENNEDY

Non, vous dis-je. Il faut qu'il ait appelé à son aide tous les esprits de damnation, celui qui enlaça d'un tel lien votre sens droit et lucide. Vous n'aviez plus d'oreille pour la sage voix d'une amie , plus de regards pour les bienséances. La délicate pudeur vous avait abandonnée; vos joues, naguère le siège de la chaste rougeur de la modestie, ne brûlaient que du feu du désir. On vous vit jeter loin de vous le voile du mystère (le vice impudent de l'homme avait aussi vaincu votre timidité) et, d'un front hardi, donner votre honte en spectacle. Vous fltes porter en triomphe devant vous le glaive royal d'Ecosse, à travers les rues d'Edimbourg, par lui, par le meurtrier, que poursuivaient les malédictions du peuple; entourer d'armes votre

parlement, et là, dans le temple même de la justice, vous ayez contraint les juges, par une impudente comédie, à absoudre du meurtre le coupable.... Vous êtes allée encore plus loin.... Dieu!

MARIE

Achève, et je lui ai donné ma main devant Tautel!

KENNEDY

Oh! qu'un éternel silence couvre cette action! Elle est horrible, révoltante, digne d'une femme perdue.... Et pourtant vous n'êtes pas perdue.... Je vous connais, n'est-ce pas moi qui ai élevé votre enfance? Votre cœur est tendre, il est ouvert à la pudeur.... La légèreté seule est votre crime. Je le répète : il y a de malins esprits qui établissent pour un moment leur demeure dans l'âme mal gardée de l'homme, qui subitement commettent en nous l'épouvantable mal, puis, s'enfuyant dans l'enfer, laissent au cœur souillé l'horreur et la honte. - Depuis cette action , qui noircit votre vie, vous n'avez plus rien fait de criminel : je suis témoin de votre conversion. Prenez donc courage! Faites la paix avec vous-même! Quelque remords que vous ayez, en Angleterre vous n'êtes point coupable; Elisabeth et le parlement d'Angleterre ne sont point vos juges. Ici, c'est la force qui vous opprime. Devant ce tribunal aux droits usurpés, vous pouvez vous présenter avec tout le courage de l'innocence.

MARIE

Qui vient? {Mortimer se présente à la porte.)

C'est le neveu. Rentrez.

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