‹ Theatre de Schiller;Chapitre 8 sur 335 · MARIE, KENNEDY · texte numérisé non relu

MARIE, KENNEDY

KENNEDY

Le brutal ose-t-il bien vous dire cela en face? Oh! cela est dur!

MARIE, perdue dans ses réflexions.

Nous avons, dans les jours de notre splendeur, prêté aux flatteurs une oreille trop complaisante. Il est juste, bonne Kennedy, que nous entendions maintenant la voix austère du reproche.

KENNEDY

Comment? si abattue, si découragée, chère lady? Vous étiez pourtant autrefois si gaie,, vous aviez l'habitude de me consoler, et il me fallait plutôt blâmer votre légèreté que votre tristesse.

MARIE

Je la reconnais.... c'est l'ombre sanglante du roi Darnley qui sort irritée de la voûte sépulcrale; et il ne fera jamais de paix avec moi que la mesure de mon malheur ne soit comblée.

Quelles pensées...!

MARIE

Tu oublies, Hanna.... mais moi, j'ai une mémoire fidèle.... L'anniversaire de cette fatale action a paru de nouveau aujourd'hui; c'est ce jour que je célèbre par la pénitence et le jeûne.

KENNEDY

Renvoyez enfin à son repos ce mauvais esprit. Vous avez expié cette action par des années de repentir, par les lourdes épreuves de la souffrance. L'Église , qui pour chaque faute tient les clefs du pardon, et le ciel vous ont pardonné.

MARIE

Le crime , depuis longtemps pardonné , se lève tout frais saignant de la tombe légèrement recouverte.il n'y a point de cloche aux mains d'un servant de messe, point de saint sacrement aux mains d'un prêtre , qui renvoie dans ie sépulcre le spectre d'un époux qui demande vengeance.

KENNEDY

Ce n'est pas vous qui l'avez tué. D'autres l'ont fait.

MARIE

J'en étais instruite. J'ai laissé l'acte s'accomplir, et je l'ai attiré par mes caresses dans le piège de mort.

KENNEDY

La jeunesse atténue votre faute. Vous étiez encore dans un âge si tendre !

MARIE

Si tendre! et je chargeai d'un tel crime ma vie si jeune.

Vous étiez provoquée par de sanglants affronts et par l'arrogance de l'homme que votre amour, comme une main divine, avait tiré de l'obscurité, que vous aviez conduit au trône par votre chambre nuptiale, que vous aviez comblé par le don de votre florissante beauté et de votre couronne héréditaire. Pouvait-il oublier que son brillant destin était la généreuse créa-

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