‹ Theatre de Schiller;Chapitre 96 sur 335 · ACTE I, SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE V

pied de terrain; défends Orléans, comme tu ferais ta propre poitrine! Fais plutôt submerger tous les bateaux, abattre et brûler tous les ponts qui mènent au delà de cette limite de ton royaume , de cette Loire qui serait pour toi le Styx.

CHARLES

Ce que j'ai pu, je l'ai fait. Je me suis offert à combattre en chevalier pour ma couronne.... On me refuse. En vain je prodigue la vie de mon peuple, et mes villes jonchent le sol de leurs ruines. Dois-je, pareil à cette mère dénaturée, laisser partager mon enfant par le glaive? Non, pour qu'il vive, j'y veux renoncer.

DUNOIS

Comment, sire, est-ce là le langage d'un roi? Abandonne-t-on ainsi une couronne? Le dernier de votre peuple risque son bien et son sang pour son opinion, sa haine et son amour. Tout devient faction et parti, dès que flotte le sanglant signal de la guerre civile. Le laboureur quitte la charrue; la femme, sa quenouille ; l'enfant et le vieillard prennent les armes ; le bourgeois brûle sa ville; le paysan, de sa propre main, ses moissons : tout cela pour vous nuire ou vous servir et accomplir le vœu de son cœur. On n'épargne rien soi-même , et l'on ne s'attend pas à être épargné par autrui , quand l'honneur appelle , quand on combat pour ses dieux ou ses idoles. Chassez donc cfette molle pitié qui ne sied pas à un cœur de roi.... Laissez la guerre, jusqu'au bout, déployer sa fureur, comme elle a commencé : ce n'est pas vous qui étourdimenl l'avez allumée. Il faut que le peuple se sacrifie pour son roi, c'est le sort et la loi du monde. Le Français n'en sait pas, n'en veut pas d'autre. Méprisable est la nation qui ne risque pas tout avec joie pour son honneur.

CHARLES , aux Magistrats.

N'attendez pas d'autre réponse. Que Dieu vous protège! Moi, je ne le puis plus.

DUNOIS

Eh bien, que le Dieu de victoire vous tourne à jamais le dos , comme vous au royaume de vos pères! Vous vous êtes abandonné vous-même, ainsi je vous abandonne. Ce ne sont pas les forces réunies d'Angleterre et de Bourgogne , c'est votre propre

pusillanimité qui vous précipite du trdne. Les rois de France naissent héros; mais vous, vous n'avez pas été enfanté pour la guerre. {Aux Magistrats.) Le roi vous abandonne; mais moi, je veux me jeter dans Orléans , la ville de mon père, et m' ensevelir sous ses ruines, (fi veut sortir. Agnès Sorel le relient.) AGNÈS, au Boi.

Oh! ne le laisse pas s'éloigner de toi en colère! Sa bouche prononce de rudes paroles, mais la foi de son cœur est pure comme l'or. C'est pourtant toujours lui , toujours l'homme qui t'aime avec ardeur et a souvent versé son sang pour toi. Venez, Dunois! Avouez que la chaleur d'une généreuse colère vous a mené trop loin.... Mais toi, pardonne k l'ami Gdèle la vivacité du langage! Oh! venez, venez! Laissez-moi promptement réunir vos cœurs, avant que la colère emportée, la colère funeste, ne s'allume entre vous, pour ne plus s'éteindre. {Durwts fixe Us yeux sur le Boi tt semble attendre um réponse.) CHAULES, à du Cha'lcl.

Nous passons la Loire. Fais embarquer mes bag^s.

encore à supporter. Se laisser maîtriser par ces cœurs hautains, impérieux, vivre par la grâce de vassaux arrogants et opiniâ^ très, voilà ce qui est dur pour un noble cœur, ce qui est plus amer que de succomber au destin. {A du CMtel, gui hésite en^ core.) Fais ce que je t'ai prescrit.

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