‹ Theatre de Schiller;Chapitre 95 sur 335 · ACTE I, SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE V

CHARLES

0 mère ! mère !

LA HIRB.

Les Bourguignons eux-mêmes, ces bandes furieuses, habituées au meurtre , rougirent de honte à cet aspect. Elle s'en aperçut, et, tournée vers le peuple, elle cria à haute voix : « Remerciez-moi, Français, d'ennoblir par un rameau pur la tige malade, de vous préserver de Tavorton né d'un père insensé! » (Z^ Roi se voile le visage; Agnès court à lui et le serre dans ses bras; tous les assistants expriment leur horreur, leur exicraiion.)

DUNOIS

La louve! la mégère vomissant sa rage!

CHARLES, après une pause, aux Magistrats.

Vous avez entendu où en sont ici les choses. N'attendez pas plus longtemps; retournez à Orléans, et annoncez à ma ville fidèle que je la dégage de son serment envers moi. Qu'elle pourvoie à son salut et se remette à la merci du Bourguignon. Il se nomme le Bon, il sera humain.

DUNOIS

Comment, sire, vous voudriez abandonner Orléans?

LE MAGISTRAT s' agenouilk.

• Mon royal seigneur, ne retirez pas votre main de nous! Ne livrez pas votre fidèle cité à la dure domination des Anglais. Elle est un noble joyau de votre couronne, et aucune n'a gardé plus religieusement sa foi aux rois vos ancêtres.

DUNOIS

Sommes-nous battus? Est-il permis de vider le champ de bataille avant qu'un seul coup ait été frappé pour la ville? Voulezvous, d'une légère parole, avant que le sang ait coulé, arracher du cœur de la France la meilleure des cités?

CHARLES

Assez de sang a coulé, et en vain! La main du ciel s'appesantit sur moi : mon armée est battue dans tous les combats ; mon parlement me rejette; ma capitale, mon peuple, accueillent mon rival avec jubilation; ceux qui, par le sang, me sont les plus proches, m'abandonnent, me trahissent.... ma propre mère nourrit du lait de ses mamelles la couvée étrangère, ennemie.

156 LA PUCELLE D'OBLÉANS.

Nous nous retirerons au delà de la Loire, et nous céderons à la

puissante main du ciel, qui est avec l'Anglais.

AGNÈS

Que Dieu nous préserve de désespérer de nous-mêmes, et de tourner le do» à ce royaume! Ce mot n'est pas sorti de ta vaillante poitrine. L'action barbare d'une mère dénaturée a brisé le cœur héroïque de mon roi. Tu te retrouveras, tu te relèveras virilement, tu résisteras avec un noble courage au destin qui lutte cruellement contre toi.

CHARLES, peyilu dans de sombres pensées.

N'est-il pas vrai? une sombre et terrible fatalité sévit dans la famille des Valois : elle est rejetée de Dieu ; les coupables actions d'une mère ont amené les furies dans cette maison. Mon père est demeuré vingt ans en proie au délire; la mort a moissonné avant moi trois frères plus Agés; c'est le décret du ciel, la maison de Charles VI doit périr.

AGNÈS

Elle se relèvera rajeunie en toil Aie foi en toi-même.... Oh! ce n'est pas en vain qu'un destin propice t'a épargné, qu'entre tous tes frères il t'a appelé, toi, le plus jeune, sur un trôoe que tu ne pouvais espérer. Le ciel s'est réservé ton âme douce et bonne , pour guérir toutes les blessures que la fureur des partis a faites au pays. Tu ^teindras les flammes de la gueirt civile, mon cœur me le dit, tu rétabliras la paix, tu seras le nouveau fondateur du royaume de France.

CHARLES

Non, pas moi. Ce temps rude, orageux, veut un pilote doué de plus de vigueur. J'aurais pu rendre heureux un peuple pacir™.,d. io ne puig dompter un peuple farouche et rebelle, ni . avec l'épée des cœurs aliénés et fermés par la haine.

AGNÈS

pie est aveuglé , une illusion l'égaré; mais ce vertige [1 se réveillera, le jour n'est plus loin , cet amour pour itime qui est profondément enraciné dans le cœur du Français; elle se réveillera, la vieille haine, la jalousie qui de tout temps divisa les deux peuples ennemis. Sa propre f(U'tune renversera l'orgueilleux vainqueur. Garde-loi donc d'abandonner précipitamment le champ de bataille; lutte pour chaque

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