‹ Théatre de sociétéChapitre 10 sur 113 · SOPHIE, CONSTANCE · texte numérisé non relu

SOPHIE, CONSTANCE

SOPHIE

Ah Constance ! cachez vos larmes ,

songez combien la dissimulation nous est

nécessaire !

CONSTANCE

Je ne puis, je l'avoue, su|>jX)rler la

présence odieuse et cruelle du baron de

Sénanges....

SOPHIE

Je ne vous demande que le courage dont je vous donne Texeraple j et cependant quelle différence dans nos situations ! Vous aimez mon frère , voiis craignez pour ses jours; mais il vit, et celte même nuit doit voir enfin terminer nos alarmes.... Et moi j'ai perdu pour toujours l'objet malheureux et sensible que mon cœur préférait en secret.... Et par quel main m'est-il

ravi...! Je trouve, îiéîas ! dans le plus aimé des frères, le meurtrier de mon amant.... Comme sœur, comme amie, j'éprouve vos mortelles inquiétudes ; mon ame est déchirée par les vives douleurs d'une tendra mère ; et le destin qui m'accable me force encore à partager les peines même de notre ennemi commun, cet infortuné baron de Sénanges... ? Je le redoute, il me glace d'effroi...; mais il regrette , il pleure son malheureux fils... ! }e ne puis le haïr...!

CONSTANCE

En détaillant vos peines, vous m'otez le droit de me plaindre; cependant, chère Sophie, que mon cœur est oppressé...!

^Nourrissant depuis l'enfance un sentiment dont vons fûtes jusqu'ici la seule confidente; certaine, en secret, d'être aimée; assurée que ma tante ne pouvait manquer d'approuver un amour autorisé par toutes les convenances , que j'étais heureuse jusqu'à ce jour qui détruit un bonheur fondé sur des espérances si chères...! Valcour persécuté, proscrit, va, dans quelques heures, s'exiler de sa patrie , et peut-être pour toujours... ! 11 va partir sans connaître à quel excès il est aimé; vous le savez , jamais ma bouche n'osa prononcer un aveu si doux.. ,

SOPHIE

Ail ! croyez que , maigre votre réserve et ma discrélion , mon frère , depuis longtemps, a lu dans votre cœur....

CONSTANCE

Eh! comment aurail-il pu découvrir une passion dont cet instant seul m'a fait connaître toute la force et tonte la vérité...? Je croyais n'avoir pour lui qu'un simple sentiment de préférence. Hélas! je n'avais jamais tremblé pour ses jours...! Enfin, qu'il puisse partir sans obstacle, qu'il puisse se soustraire à la fureur d'un ennemi aussi dangereux que vindicatif.... de tant de douces espérances, voilà donc la seule que le sort m'ait laissée... ! Si du moins encore je pouvais le voir un moment avant son départ, lui parler sans contrainte... et n'avoir que vous, clière Sophie, pour témoin d'un si triste entretien... ! Mais je ne goûterai même pas cette consolation... Ah Sophie! que je suis malheureuse... !

SOPHIE

Au nom du ciel, calmez-vous, on vient.. ;:

CONSTANCE

C'est ma tante, je vous laisse , et vais cacher une douleur dont chaque instant accroît la violence.... {Elle sort. )

C03IÉDIE. 45

SOPHIE

Dieu! que va m'annoriCcr ma mère...!

Comme elle paraît agitée... !

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