LA MARQUISE , HENRIETTE
, LA MARQUISE
Ah ! que ni'apprenez-vous , ma clière Henriette ? votre oncle peut votis soupçonner de manquer à la reconnaissance que vous lui devez... . ? Je ne puis me persuader qu'il soit si difficile de le désabuser, souffrez que j'aille le chercher....
HENRIETTE
Vous ne le verriez point , il est enfermé avec la comtesse ; et d'ailleurs je ne vous ai confié ce nouveau chagrin que sous la condition expresse que vous ne tenteriez aucune démarche....
LA MARQUISE
Voilà le fruit de l'imprudence que vous avez faite , en rendant à la comtesse les lettres qui vous étaient sacrifiées; elle se venge en vous calomniant.... Songez combien le baron est violent et crédule , et,
39'> LE MÉCHANT PAil AIR ,
combien la comtesse est artificieuse et mecbanie....
HENRIETTE
Je ne me rcpens point de tout ce que j'ai fait 3 le temps saura dévoiler aux yeux de mon oncle la noirceur de la comtesse; ot moi , j'ai du moins acquis la certitude que jo désirais avoir, et retrouvé la tranquillité <jue j avais perdue....
LA MARQUISE
Est-il bien vrai, ma chère Henriette?
Le chevalier de Scmur n'a plus le droit de troubler votre repos....?
he:sriette.
Quoi! après son indigne perfidie , quand j'ai reçu toutes mes lettres des mains d'une femme qu'il savait être mon ennemie, qu'il méprise lui-même , et qu'il trahit ainsi que moi....!
LA MARQUISE
En effet, il est impossible de pousser plus loin l'inconséquence, l'absurdité et la trahison — !
HENRIETTE
Je l'avoue, je n'aurais jamais pensé que celte femme eût sur son esprit un tel ascendant....! Il ne m'a sacrifié ses lettres q'ic par fîituité ; et je suris sûre qu'il nV
donné les miennes que par un excès de confiance....; d'ailleurs, il l'aime peutêtre.... !
LA MARQUISE
Il y a une telle conformité dans leur
earaclère.... !
HENRIETTE
Enfin 5 grâce au ciel , il ne m'inspire à présent qu'un mépris si froid et si tranquille , que je n'éprouve même plus le besoin de me plaindre de lui....! Je ne le hais point, je n'ai nulle colère, je le verrais sans trouble, et je ne serais pas tentée, je vous assure , de lui faire le plus léger reproche... Je suis parvenue à un tel degré d'indifférence , qn'en vérité je crois de bonne foi que je m'abusais quand j'imaginais ressentir une passion si violente... , et.... qu'au vrai, je ne l'ai jamais aimé... ! Mais n'en parlons plus....
LA MARQUISE
Vous avez raison ; oubliez-le pour toujours. Revenons au baron. Je ne serais point du tout surprise si, dans le premier mouvement de sa colère contre vous, il se décidait à se marier ; par exemple , à épouser la comtesse , pour laquelle il a réellement beaucoup de goût : ainsi je vous
conseille de ne point perdre de temps , et
HENRIETTE , avec distraction.
Vous pensez qu'il est encore amoureux d'elle? Est-elle donc si charmante... ?
LA MARQUISE
Oh! je ne le crois guère susceptible d'éprouver une passion véritable j cependant. . .
HENRIETTE
11 sait le feindre du moins....; et avec quel art... ! quelle fausseté...! quelle séduction... !
LA MARQUISE
Comment...? mais de qui parlez-vous.'..?
HENRIETTE
Quoi...? qu'ai-je donc dit...?
LA MARQUISE
Henriette , Henriette. . . ! est-ce ainsi que vous n'y pensez plus....? Ah! que vous
m'affligez î
HENRIETTE
En vérité..., je vous proteste... .c'est une distraction....
LA MARQUISE
Oui, de votre cœur... , et voilà le mal...
HENRIETTE
Non..., mais tout ce qui m'est arrivé aujourd'hui a brouillé toules mes idées...; il y
a dans ma tête une telle confusion...! {Elle s'assied. )
LA MARQUISE , s'approchant d'elle.
Chère Henriette... ! vous pleurez... !
HENRIETTE
Ah madame... !
LA MARQUISE
Est-il possible qu'une âme si noble ne puisse triompher d'une faiblesse ?
HENRIETTE , se levant.
Je ne puis démêler moi-même ce qui se passe au fond de mon cœur... ! il y a des momens où je suis étonnée du calme que j'éprouve, et dans d'autres... ! Ah ! que j'aspire après la retraite où je dois m'ensevelir pour toujours... !
LA MARQUISE
Quelqu'un vient.... c'est lui. ..7
HENRIETTE
Comment... ! lui... !
LA MARQUISE
Oui , le chevalier de Semur...7
HENRIETTE
Ah! fuyons.... Mais non, pour la dernière fois, je veux lui parler, lui montrer tout le mépris qu'il m'inspire....
39i LE MÉCHANT PAR AIR ,
LA MARQUISE
A qnoi vous exposez vous... !
HEKRIF/fTE.
Ah î ne craignez nen ; je sens trop que si je lui témoignais de la colère, il pourrait croire qu'il est encore aimé....
LA MARQUISE
Mais, serez-vous maîtresse...?
HENRIETTE
11 vient, de grâce, laissez-nous,...
LA MARQULSE.
Adieu ; mais, au nom du ciel, ne vous pcrmellez pas le plus léger reproche et ne lui laissez voir que la plus parfaite indiflerence....
nEA'RÎETTE.
Ah! c'est bien mon projet....
LA MARQUISE
Le voici. Adieu, Henrieltej songez à votre gloire.... {Elle sort.)
CO-MÈDIE. ' 395
VV\W*WVVVVWWV WWVWVW^ VWW\,\'V\W.AAHV»H.\'»\WWVV'V\WWVVVW\.V