‹ Théatre de sociétéChapitre 12 sur 113 · SCÈNE lîl · texte numérisé non relu

SCÈNE lîl

SOPHIE , LA MARQUISE , LE BARON. LE BAPiON , tenant un p.iniei-.

Jl viens, madame, vous faire part d'une nouvelle qui me causé FuDiqucsaiisfactiou dont je sois maintenant susceptible....

LA MARQUISE

Comment...!

COMIÏIDIE. 4;

LE BARON

Enfin, si l'assassin de mon fils est encore en France, je suis sûr à présent qu'il ne peut m'échapper....

LA MARQUISE, à part.

Tout mon sang se glace... !

SOPHIE, à part.

Je frémis... !

LE BARON

Et d'après toutes les informations que j'ai prises, il me paraît prouvé que, dan.s les premiers huit jours qui ont suivi ce" le déplorable aventure, nul étranger de l^àge et de la tournure dont on m'a représenté ce chevalier de Mirville, n'a passé nos places frontières. Il est vraisemblable que ce vil aventurier se sera contenté de se cacher pendant quelque temps.... Mais enfin, je viens de recevoir un ordre du roi , qui me donne le droit de le faire arrêter juridiquement dans quelque lieu que je puisse le découvrir.

LA MARQUISE

Un ordre du roi... ?

Oui, le voici.... Lisez, il est en bonne forme....

LA MAPxQUISE-

Ah\ dispensez-moi....

LE BARON

En attendant cet ordre que j'avais demandé, je me suis assuré de plusieurs gens armés et d\m exempt, qui sont depuis hier cachés dans le village voisin.... Maintenant que je suis muni de cet ordre, je puis, en moins d'un quart d'heure, faire avertir mon exempt, et disposer de sa troupe.... Mais qu'avez- vous, madame?

vous paraissez souffrir...

SOPHIE, à part.

O mère infortunée... !

LA MARQUISE

Ah ! je souffre.... En effet.... ma santé....

SOPHIE

Depuis long-temps est languissante....

LE BARON

Des maux de nerfs , peut-être... ?

SOPHIE

Oui...., et souvent tout à coup des convulsions qui lui ravissent l'usage de ses

sens....

LE BARON

Et qui lui causent une pâleur subite et des tressaillemens que j'avais déjà remarqués.... Mais je ne veux pas, madame.

abuser plus long-lemps de voire intérêt et de votre pitié pour un malheureux père.... Nous reprendrons cet entretien dans un autre moment....

LA MARQUISE

Non... . à présent je suis en état de vous entendre.... Seulement, ce soir, je vous demanderai la permission de me retirer de très-bonne heure....

LE BARON, Hélas ! heureux qui j>eut goûter les charmes du repos et du sommeil... ! Oui, je désire que vous ne connaissiez jamais combien la solitude et le silence de la nuit aigrissent et redoublent encore les lourmens d'un cœur désespéré... ! Pardonnez ces pleurs involontaires qu'une trop juste douleur m'arrache malgré moi.... Ah madame ! je n'ai plus de fils... . Et si vous pouviez savoir de quel fils j'étais père... !

SOPHIE, à part.

Juste ciel...!

LA MARQUISE

Ah! je sens mieux que personne à quel point vous êtes à plaindre... !

Si mon fils eût été connu de vous... ! II. 5

5o LA CURIEUSE,

LA MAhQUISE.

J'ai souvent entendu parler de lui ; je nie rappelle même l'avoir vu dans son enfance... !

LE BARONj tirant de sa poche une boite.

Et voilà tout ce qui me reste de lui... ! ce portrait qui peut du moins donner une idée de ses agrémens extérieurs,... Voyez, madame, s'il vous rappellera ses traits....

SOPHIE, hors d'elle, se retirant.

AU! fuyons....

LA MARQUISE

Ma fille... !

SOPHIE , se lappicchant.

Maman... !

LE BARON, regardant Sophie.

Que vois- je. .. ! Eli ! pourquoi , mademoiselle, vouloir lue cacher une compassion qui m'inspire tant de reconnaissance... I

SOPHIE

11 est vrai, je n'ai pu retenir mes larmes...

LE BARON

Ah' ne rougissez point de celte aimable sensibilité. Daignez, mademoiselle, regarder ce portrait; il accroîtra, j'ensuis sur, cette pitié touchante qire vous me témoignez. ( // le lui donne. )

COMÉDIE. »ti

SOPHIE, égarée.

Son portrait dans mes mains...! ( jK//c»

y jette les yeux. ) Dieu .. ! c'est lui... !

LE BARON

Oui, c'est lui, et la ressemblance, hélas

était parfaite....

SOPHIE

C'était là.... votre fils.... Ah ! qui pourrait refuser des pleurs à son destin.... au vôtre.... (^ A part.) Mon cœur est déchiré!

LA MARQUISE, à part.

Sophie... ! comme elle est pâle et tremblante... '

SOPHIE, au baron.

Reprenez ce portrait.... Non.... laissezmoi regarder encore. . . . ( ^ part. ) Ciel ! je m'égare... ! {Haut. ) Tenez , monsieur.... Elle rend le portrait. )

LE BARON

Croyez , mademoiselle , que l'intérêt que vous daignez me montrer me touche autant qu'il m'honore.

SOPHIE, à part.

Ah ! comment dissinmler le trouble affreux qui me surmonte... •'

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