‹ Théatre de sociétéChapitre 26 sur 113 · Î04 LA CURIEUSE, THIBAUT · texte numérisé non relu

Î04 LA CURIEUSE, THIBAUT

Si madame savait

LE CHEVALIER

Mon cher Thibaut, toutes vos représenf. liions ne font que prolonger le péril que vous craignez pour moi...; elles sont d'ailleurs inutiles; je veux parler un moment à •visa sœur....

THIBAUT

J'enrage... ! vous me promettez donc de ne rester qu'un moment?

LE CHEVALIER

Oui, oui; va faire le guet; et, surtout, ne reviens q\ic lorsque je t'appellerai, sans quoi nous risquerions d'être surpris...

iniBAUT.

Ensuite, vous vous remettrez entre mes

niains...?

LE CHEVALIER

Oui, tu peux y compter....

THIBAUT

Votre parole d'honneur...?

LE CHEVALIER

Je te la donne, mais va-t'en, je t'en

conjure.

.Allez donc, mon cher Thibaut....

COMÉDIE. io5

THIBAUT

O maudite jeunesse...! maudite jeunesse...! (// sort.)

SCÈVE VIL

w^OPIlIE, CONSTANCE, Î.E CHEVALIER.

LE CHEVALIER

Enfin , je vais donc jouir tiu seul ûislant de bonheur qui me reste... : brûlant du désir de vous voir sans témoins, proîilant du déclin du jour, et sachant que ma mère était enfermée avec le baron de Sénanges, je me suis échappé sans savoir ni dans quel lieu ni comment je pourrais vous trouver; j'errais autour de ce bosquet , lorsque j ai rencontré Thibaut....

SOPHIE

Ah malheureux... ! pouvons-nous vous voir ici sans frémir...?

CONSTANCE

Oubliez - VOUS Teffroi, la terreur que le danger où vous vous exposez doit causer à tout ce qui vous aime,.. ?

loô LA CURIEUSE,

LE CHEVALIEl;.

Constance... I vous pleurez..: ne rlois-je attribuer qu'à la seule pitié — ? Dans ce moment empoisonné par vos craintes, et par l'affreuse idée d'une séparation si douloureuse et si prochaine , .en présence de celte amie si chère à nos coeurs, souffrez, ô Constance, que j'ose enfin expliquer des seniimens cachés si long-temps...? (// se jette à ses pieds. ) Ah ! parlez, parlez à votre tour, vous pouvez d'un mot me consoler de tous les revers de la fortune....

CONSTANCE

Se pourrait-il que vous n'eussiez jamais su lire dans mon âme. ... !

LE CHEVALIER

Est-il possible, ô ciel.. . I Constance, vous m'aimez... ! Ah ! ne gémissez plus sur mon sort, il est changé.... !

CONSTANCE

Oui, si la tendresse la plus vraie, la plus vive, peut adoucir vos peines, vous devez sans doute partir moins malheureux...

LE CHEVALIER

Vous m'aimez, VOUS daignez me le dire...! Hélas, devais-je arracher un aveu si plein de charmes.... Persécuté , proscrit, m'estil permis de prétendre à cet excès de féli-

cité... ? Jugez de Thorreiir de ma situation j le plas grand de mes maux n'est pas de m'arracher d'auprès de vous, de quitter la meilleure des mères, la plus tendre des sœurs, mais d'éprouver le remords affreux d'avoir commis une faute irréparable, et qui me rend indigne de ce que j'aime. Un moment d'injustice, d'humeur et d'emportement m'a tout ravi , et m'a livré à d'éternels regrets....

SOPHIE

Mais, mon frère êtes- vous bien sur

d'avoir ôté la vie à cet infortuné...?

LE CHEVALIER

Ah! pour mon malheur; je n'en puis douter....

SOPHIE, à part.

ODieu....!

CONSTANCE

Abrégeons cet entretien; malgré tout le charme que j'y trouve , il me tue ; la crainte, l'inquiétude*...

LE CHEVALIER

L'obscurité doit vous rassurer...; d'ailleurs, je ne suis point connu du baron de

Sénanges.

SOPHIE

N'importe...; si ma mère, si Pauline....

io8 LA CURIEUSE,

LE ClIEVALIEa

Ah! Sophie, songez -vous que dans quelques heures je vais vous quitter, et peut-être pour ne vous revoir jamais.... Eh quoi ! je vais abandonner ces lieux si chers, et j'y laisse tout ce qui m'attache à la vie... C'est ici que ce cœur, maintenant si déchiré, éprouva successivement tous les sentimens qu'il conservera jusqu'à la mon ; c'est ici que j'ai vu Constance pour la première fois! c'est ici que ma sœur obtint de moi la c(mfidcnce d'une passion qu'elle flatta de si douces espérances...! et c'est dans ce bosquet , enfin , que j'ai goûté le bonheur d'apprendre que je suis aimé...; bonheur corrompu par l'eiicès même de mon amour i O Constance, quand je songe à la destinée que vous prépare une tendresse ^si fatale à votre repos, je m'oublie moimême , je ne vois plus que vous ; il me semble que je vous entraîne dans le profond abîme creusé par ma folie; celte pensée m'accable, et fait succéder dans mon cœur les remords déchirans aux plus doux transports de l'amour....

SOPHIE

J'entends du bruit... quelqu'un s'avance, ah mon frère! éloignez- vous....

co:médîe.

LE CUEVALIISR.

Rnssurez-voiis, c'esl Thibaut.

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