‹ Théatre de sociétéChapitre 47 sur 113 · LE CHEVALIER, CL ARI CE · texte numérisé non relu

LE CHEVALIER, CL ARI CE

LE CHEVALIER

A LA fin , je vous trouve donc seule, et je puis vous parler sans témoin. C'est un terrible homme que cet Ariste; à la manière dont il vous obsède, je suis tente de croire qu'il est amoureux, de vous.

Mais je ne suis pas du tout venue ici pour vous, je vous le déclare; et vous pourriez sans doute m'en dire autant....

LE CHSVALTER.

Du moins laissez-moi m'applaudir du hasard qui nous y rassemble.

CLARICE

Ce hasard-là est bien singulier, il faut en convenir: vous parlez, me dites-vous, pour votre régiment qui est en Gasgogne , et je vous trouve en Normandie ; assuréjjient vous vous êtes égaré....

LE CHEVALIER

S il faut vous l'avouer , je savais le voyage que vous deviez faire ici ; j'ai

196 ZÉLIE

demandé un congé, et je suis venu vous y

attendre.

CLARIGE. - Et l'aventure de la chaise cassée n'est donc qu'une ruse ? ■

LE CHEVALIER

Si j'en conviens, me le pardonnerezvous ? . '

:l ic'i'l) .tiioiï! , CLARICE.

A condition que vous conviendrez encore que la jalousie seule- vous a conduit

ici? -li.; ic- i-'iw; oii<.-;-

Eh bien ! j'en rougis , je m'en accuse à regret ; mais rien n'est plus vrai. Les soins redoublés de SainvillCj votre amitié pour lui, le projet de ce voyage, tout cela m'a tourné la tête.

CLARICE. ,

Celle franchise me plaît.... Eh bien... ! je ne crois pas un mot de lôiile çeitte histoire, .w . . , ; ,: -j.UyjJ i.

,;;> ,,., ,l.E CHEVALIER,;,., j,.,j^j., .,.. ,

Comment? io/1 a^j o -"oi.' ano • CLARICE.

Vous savez mentir avec beaucoup d assurance; mais votre récit manque absolument de vraisemblance et d'adresse.

Premièrement vous éles parti plus de trois semaines avant moi; en second lieu, le marquis ne m'a proposé de le suivre que deux jours avant notre départ : comment accordez-vous cela ?

LE CHEVALIER

Je savais avant vous la prière qu'il devait vous faire , et qu'il ne doutait pas de votre consentement.

CLARICE

En vérité, je vous croyais plus de ressources dans l'esprit...! vous devez sentir vous-même que vos raisons n'ont pas le sens commun.... Et d'ailleurs, qu'étes-vous devenu pendant ces trois semaines que vous avez passées à ra'attendre?

LE CHEVALIER

J'étais à dix lieues d'ici, chez un de mes amis.

CLARICE

Peut-on savoir son nom?

LE CHEVALIER

C'est.... vous ne le connaissez pas.

CLARICE

Dites toujours....

LE CHEVALIER

— Le baron de Verneuil .

igB ZÉLIE,

CLARICE

Je l'ai laissé à Paris.

LE CHEVALIER

C'est son frère.

CLARTGE.

Je suis persuadée qu'il n'en eut jamais ; niais qu'importe ? cessez de vous tourmenter, je ne vous ferai plus de questions.

Enfin, madame , qu'imaginez vous donc, et pour qui voulez- vous....

CLARICE

J'ignore vos desseins , mais je vois votre embarras : votre air, votre conduite, vos discours, tout vous trahit et décèle quelque projet extraordinaire; je mettrai tous mes soins à le découvrir, et j'y parviendrai sûrement.

LE CHEVALIER

Par exemple, je ne m'attendais pas à cette scène-ci; et voilà un caprice aussi

surprenant....

CLARICE

Vous triomphez; vous êtes charme de l'inquiétude que je témoigne; mais c'est la curiosité seule qui la cause.

LE CHEVALIER

J'en suis fâché, même pour vous ; car iî

n'y a qu'un sentiment très-vif, qu'une passion qui puisse excuser votre bizarrerie : je ne trouve rien de pis que d'être injuste

de sang-froid.

CLARICE

Une passion... ! méritez-vous d'inspirer une passion?

Il n'a tenu qu'à moi d'en être persuadé...

CLARICE-

Cela n'est que trop vrai j mais réellement vous n'en êtes pas digne.

LE CHEVALIER

Mais, madame, que pouvez-vous me reprocher ?

CLARICE

Je ne puis former contre vous que des plaintes vagues ; je ne puis rien prouver , je le sais; et cet état est le plus fâcheux de tout.... Ne pouvant pas vous convaincre, j'y perds le mérite et la douceur de vous pardonner.

LE CHEVALIER

Voilà uu^idée bien délicate; vous voudriez me trouver des torts, uniquement pour m'accorder ma grâce; vous me donnez presque l'envie de m'en supposer.

2O0 ZÉLIE

CLARICE

Plus j'y pense, et plus je vois que nous ne nous convenons ni l'un ni l'aulre. Vous avez bien tous mes défauts , mais il vous manque une âme sensible qui les répare.

LE CHEVALIER

Vtjus vous croyez plus sensible que moi...?

CLARICE

N'est-ce pas beaucoup dire...? Nous

sommes tous les deux étourdis , dissipés ,

inconséquensj mais moi, du moins, je sais

aimer.

LE CHEVALIER

Vous voulez gronder aujourd'bui; c'est une fantaisie qu'il faut vous passer.

CLARICE

Cette douceur vous coûte peu,

LE CHEVALIER

Pourquoi...?

CLARICE

Si vous m'aimiez, j e vous en ai dit assez pour vous met ire au désespoir.

LE CHEVALIER

Que savez-vous ce qui se passe au fond

de mon âme ?

CLARICE

Je ne le sais que trop.

COMÉDIE. ioi

LE CHEVALIER

De grâce , madame..,.

CLARICE

Sortez, évitez ma présence j il m'est impossible de me contenir davantage.

LE CHEVA.LrER. 11 faut vous obéir.,..

CLARICE

Un njoment ; si vous sortez , si vous me laissez dans l'état où je suis, c'en est fait, tous les liens entre nous sont rompus; ne m'abandonnez pas à la colère qui me dojnine, je suis prête à m'y livrer; craignezen l'effet : mon parti pris une fois, je ne vous verrai de ma vie ; vous me réduisez au désespoir....

LE CP.EVALIER.

O ciel! quel emportement! Ah madame ! daignez vous calmer et m'entendre...

CLARICE

Laissez-moi , laissez-moi. ...

LE CHEVALIER

Hélas ! que faut-il faire... !

CLARICE

Je suis déraisonnable, bizarre, injuste peut-être; mais je vous aime, je vous aime à l'excès.

ao2 ZÉLIE,

LE CHEVALIER

Ah! que ce retour si doux a de charmes pour moi !

CLARICE

J'ai honte de la faiblesse que je viens de vous laisser voir; j'ai besoin d'un peu de solitude, j'ai besoin d'être un instant seule avec moi-même , allez ....

Du moins assurez-moi que ses nuages cruels sont dissipés....

CLARICE

Ah! je me condamne moi même plus que vous ne pensez; de grâce, laissez-moi, je vous en conjure.

LE CHEVALIER

Vous le voulez, je ne puis résister à vos ordres , quoi qu'il puisse m'en coûter. ( // lui baise la main. )

CLARICE

Je vous sais gré de celte complaisance.

LE CHEVALIER

En vérité, vous le devez. {^A part , en s en allant. Me voilà quitte d'un cruel entretien; allons chercher Zélie. (// sort.)

COMÉDIE. 2o3

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