‹ Théatre de sociétéChapitre 49 sur 113 · LE MARQUIS, ARISTE · texte numérisé non relu

LE MARQUIS, ARISTE

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'/,'■ Si jamais un égarement fut excusable,

.c'est sans doute le vôtre. Oui, Zélle est ;,çl^armaiite, mais enfin ce n'est, après tout . qu'une enfant ; et sans parler du peu de convenance qu'il y a entre vous, si la raison ne triomphe pas du penchant qui vous entraîne vers elle , dans quels malheurs

LE MARQUIS

Ah mon oncle ! croyez que je me suis ■ dit à luoi-méme tout ce qui peut de'truirc une passion si funeste... je la combats depuis plus d'un jour... mais je ne crains pas de vous l'avouer et de vous le répéter, si j je pouvais me croire aimé, il n'y a poini dc «sacrifice que je ne fusse prèl à lui faire :

2o6 ZÉLIE ,

le plus grand sans doute serait de m'exposer à perdre vos bontés; mais telle est ma faiblesse , et je ne puis vous tromper làdessus.

ARISTE

On se persuade aisément ce qu'on désire avec ardeur; ainsi je vois à quoi je dois m'aliendre.

LE MARQUIS

Vous me connaissez mal; jamais l'espoir ne fut plus loin de mon cœur : pour l'y ramener , il me faudrait des preuves si fortes, si convaincantes de sa tendresse, qu'il est presque impossible quelehasard les produise telles que je les désire. Je suis le seul appui qui lui reste sur la terre; les soins si tendres que j'ai pris d'elle , l'habitude de ne voir, de ne connaître que moi, tant de raisons ont sans doute formé dans son cœur naturellement sensible une reconnaissance si vive, que tout autre que moi aurait pu peut-être s'y méprendre.... Si Zélie pouvait penser à présent qu'il lui serait possible d'aimer un autre objet plus qu'elle ne m'aime , il faudrait qu'elle fût la plus ingrate de toutes les créatures , et son âme est bonnête autant qu'elle est tendre et passionnée. Elle ne connaît en-

core que raniiùé, et elle l'éprouve avec toute la viracité d'un cœur innocent et pur. Voilà les reflexions qui viennent sans cesse s'offrir à mon esprit," elles me préserveront du malheur que vous craignez ; vous devez nie croire et vous rassurer.

ARISTE

Quoi ! si Zélie cédait à l'impression d'un nouveau sentiment, vous auriez la générosité de ne point apporter d'obstacles à ses désirs,...?

LE MARQUIS

Qui ! moi , m'opposer à son bonheur !

Ah ! je fus son père avant d'être son amant.... Qu'elle fasse un choix digne d'elle, et j'aurai le courage d'étouffer à jamais une passion malheureuse ; je connais l'étendue de mes devoirs envers elle , je les remplirai tous, en dusse- je mourir!

ARISTE

Mélange étonnant de vertus et de faiblesses.... sans celte passion fatale, que n'auriez-vous point été.... ! Elle a détruit votre activité , votre ardeur pour la gloire; el fait pour vous distinguer , pour parcourir une carrière illustre et brillante , toute la force de votre ame s'épuise el se consume dans les vains ccmbals d'un

2o8 ZÉLIE ,

amour insensé : voilà donc où se réduit ce courage, cet empire sur vous-même, qui, tourné vers d'autres objets , eut pu faire de vous un homme si distingué ! Avec tant de qualités , avec une âme si peu commune, ne gémissez-vous pas du rôle que vous avez pris, quand, vous songez à tous les avantages qu'il vous fait ou négliger ou perdre?

LE MARQUIS

Pour un cœur livré à l'amour, quelle passion froide et stérile que celle de l'ambition....! Ah! si jamais j'en eus quelques étincelles , elles sont à présent éteintes sans

retour.

ARISTE

J'entends Zélie. ... je vous laisse avec elle; souvenez-vous de vos projets, de vos résolutions , et songez qu'en les oubliant vous feriez le malheur de ma vie. Je pourrais vous parler là-dessus avec l'autorité d'un père; mais je ne suis pour vous qu'un ami sensible autant qu'indulgent.

LE MARQUIS

- Ah ! pour combattre ma faiblesse , n'employez. jamais d'autres armes.... l'excès de votre bonté, en aggravant mes fautes, en augmente aussi le repentir.

ARISTE

Zélle s'avance.... adieu.... {A part, en s en allant. ) Allons songer aux moyens d'achever de lui ravir un reste d'espérance.

( // sort. )

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