CLARICE, LE MARQUIS
CLARÏCE.
Qloi ! malgré tout ce que je vous ai dit^ malgré l'entretien secret que vous venez d'avoir avec Zélie, votre injuste prévention dure encore , et vous doutez d'un cœur qui vous aime avec une passion peut-être plus vive que la vôtre ?
LE MARQUIS
Vos dangereux discours n avaient que trop égaré ma raison j mais jai vu Zélie, et ce dernier entretien m'a rendu des idées funestes, que rien ne peut à présent détruire.
CLARICE
O ciel! que dites- vous, et comment puis-je croire...?
LE MARQUIS
Ne me pressez point de m'expliquer, je ne le puis.
«25 ZÉMÈ,
CLAhlCfi.
Quoi ! voire cœur aussi se ferme h l'anntié...?
LE MARQUIS
Eloignez-voiis d'ici...; abandonnez un malheureux à sa cruelle destinée.
O ciel! qu'est-il donc arrivé, qu'avezvous appris?
LE MARQUIS
Je n'ai fait qu'acquérir la certitude des soupçons qui déchiraient mon cœur...; et j'avais déjà pénétré....
CLARICE
Quels soupçons...? de grâce, expliquezvous.
LE MARQUIS
Encore une fois, toutes vos questions sont vaines; il m'est impossible d'y répondre.
CLARICE
Je ne vous suis plus utile, vous me conseillez de partir..., je dois m'y décider; recevez mes adieux .
LE MARQUIS
Ah madame! que vous seriez injuste si vous accusiez mon cœur.... ! Fatal voyage !
hélas î que ne résisliez-vous à mes instances ! je serais moins à plaindre.
CLARICE
Eh quoi ! ma présence à ce point vous devient odieuse... ?
Ail ! vous ne m'entendez pas.
CLARICE
Le désordre de votre âme se peint dans Vos discours : tant d'égarement , tant de trouble et de mystère excite ma pitié , et l intérêt le plus vif et le plus tendre ; cédez -y, je vous en conjure par tous les droits que l'amitié peut donner...; parlez, ou vous rompez pour jamais tous les liens si chers qui m'attachent à vous.
LE MARQUIS
Qu'exigez- vous, grand Dieu... ! Non, je ne le puis..,; craignez plutôt de me voir rompre un silence que l'amitié même m'impose.
CLARICE
Qu'en tends- je... ! et quel Irait de lumière... ! mais quelle folle idée...! Ah! parlez , dissipez vous-même le soupçon extravagant que vous venez de me donner. LE MARQUIS.
J'aperçois mon oncle , il m'a fait
<aao ZÉLIE ,
flemander à m'enlretenir sans témoins ; il
fiilU....
CXAJFIICE.
Avant de m'éloigner, dites-moi seulement un mot; le chevalier de Villers....
LE MARQUIS
Ah madame ! qu'allez - yous me demander?
11 suffit; tout s'éclairclt pour moi : je vous entends. Je vais m'enfermer dans ma chambre; quand vous serez libre, venez m'v rejoindre, et songez si j'ai besoin de vous parler. ( Elle sort. )