SCÈNE IV
LA MARQUISE , HERIETTE.
Il éiait assez inutile de le rcienir.^.r
LA MARQUISE
Pourquoi ? il {>eut arriver tant de
choses dans l'espace d'un jour.... ! Ah çà ! ma chère Henriclie , depuis noire petite querelle, vous m'avez encore demandé de vous parler avec ma fFanchise ordinaire ; je vous l'ai promis , l'occasion s'en pre'sente de nouveau; voyez, faites bien vos réflexions : ce que j'ai à vous dire vous déplaira sûrement....
HENRIETTE
N'importe ; e:«pliquez-Y0us, je vous en conjure...
LA MARQUISE
Vous allez vous fâcher; je parierais...
HENRIETTE
Mais au fait....
LA MARQUISE
Ce couplet fait sur votre oncle..., je sais à présent quel en est l'auteur...
COMEDIE. 3:i
HENRIETTE, avec i-^^nic.
Le chevalier de Semur, sans doute...
LA MARQUISE
En plaisantanl , vous avez dit l'exacte
vérité...
HE.NRIETTE.
Voilà bien la plus abominable et la plus absurde calomnie....!
LA MARQUISE, on souriant.
Si c'en est une , elle n'est poini de moi..; mais je pais vous assurer qu'une j^ersonne très-digne de foi vient de me dire, dans l'instant, qu'elle avait entendu le chevalier de Semur lui-même se vanter de cette gentillesse...
HENRIETTE
Celte personne vous a fait le mensonge le plus noir et le plus dépourvu de vraisemblance....
LA MARQUISE
Ne vous emportez pas ; et , de grâce , écoutez-moi jusqu'au bout... Croiriez-vor.s le chevalier de Semur, si lui-juême vous faisait cet aveu.... ? Vous haussez les épaules ; mais je parle très-sérieusement : si vous suivez mes conseils ^ si vous louez adioiiement la chanson ^ si vous piquez avec art
l'amour- propre de son auteur, il se nommera, j'en suis sure....
HENRIETTE
Est-il possible que vous puissiez vous persuader...?
LA MARQUISE
Mais faites celte épreuve ; si elle ne
réussit pas comme je l'imagine , j'avouerai
que la plus injuste |)révention m'abusait.. ..;
que risquez- vous ? et pourquoi balancer...?
11Ej\RIETTE.
Moi, j'y consens avec joie , je suis trop sûre de l'événement pour éprouver un seul instant de crainte.
LA MARQUISE
Je suis satisfaite Ah! justement , le
hasard nous l'envoie à propos...
HENRIETTE, troublée.
Quoi ? le chevalier ?
LA MARQUISE
Oui, le voici. Comment! vous tremblez. . . ? Mais, paix ! il s'avance ; secondezmoi bien, prélez-vous seulement aux ruses que je vais employer, c'est tout ce que je vous demande : d'abord , ayoïis l'air de chanter le couplet à demi-bas.... ( Elle tire de sa poche wî papier y et chante enire ses dents. )