SCÈNE V
HE>"RIETTE, LA MARQUISE, LE CHE> YALIER , dans le fond du théâtre.
Elles lisent... ! Mais elles chaulent, je crois... !
LA MARQUISE, bas à Henriette.
Cbaniez donc aussi... ( Elles chantent ensemble. )
Va-t'en voir s'ils viennent , Jean , Va-t'en voir s'ils viennent.
LE CHEVALIER, à part.
Comment donc ! ma chanson .....!
LA MARQUISE , riant aux éclats.
Ah, ah, ah, ah ! qu'elle est drôle. . . ! (Bas.) Riez donc.
HENRIETTE-, bas.
Oh! cela, je ne puis.... !
LE CHEVALIER , s'approchant.
Eh mon Dieu ! mesdames , quelle gaîté...!
LA MAÎIOUISE.
C'est mon lour à pré6<ffli; mais si vous éliez arrivé plus tôl^ vous auriez vu Henrielte faire des éclats de rire vérllablement
immodérés !
HENRIETTE
Il esl vrai....
El si je devinais le sujet...,
LA MARQULSE.
Quoi ! de noire gaîlé? oh! je vous en défie...
LE CHEVALIER
Mais enfin, si je parviens... en conviendrez-vous ?
LA MARQUISE
Tenez, vous embarrassez déjà Henrielle, elle crain Ivoire pénétration ; voyez comme elle rougil... !
LE CHEVALIER
Comment doulerail-elle de ma discrétion?
LA MARQUISE
Oli! non, cerlaiaement...; elle vousle dirait si je n'éiais pas là ; ainsi tout ce mystère n'a pas le sens connnun... Q:^and vous êtes arrivé, nous chantions un cer-'
tain couplet que vous connaissez sûrement....
LE CHEVALIER, en souriant.
Oui.... un peu....
'^ LA MARQUISE
Au reste, il n'est point du tout méchant....
Il n'est que gai....
LA MARQUISE
11 y a bien quinze ans qu'on n'a fait une aussi jolie chanson.... ( Bas à Henriette.)
Dites donc quelque chose....
HENRIETTE
Je la ^ûue à regret ; mais il m'est impossible de ne pas concevoir qu'elle est charmante....
LA MARQUISE
D'un ton excellent... ! une tournure si piquante, si spirituelle... !
HENRIETTE
Une grâce.,., véritablement particulière....
LA MARQUISE
On m'a dit qu'elle était de l'auteur de la pièce nouvelle qu'on donne aujourd'hui....
lîENUltiTTE.
Je n'en crois rien ; il n'a jamais rien fait
dans ce genre....
LA MARQUISE
Oh ! non , il n'a pas assez d'esprit pour
cela....
Au ton de la chanson , je parierais que c'est l'ouvrage d'un homme du monde ...
HENRIETTE
Fi donc ! quelle idée... !
LA MARQUISE
Elle a raison, les vers sont trop bien faits..., trop exacts....
LE CHEVALIER
Cependant....
LA MARQUISE
Comment...! quelle mine vous faites, chevalier... ! Ah ! j'en suis sûre, il connaît l'auteur.... A présent vous n'aurez pas un instant de repos que vous ne nous l'ayez nommé j Henriette j joignez -vous à moi.... HENRIETTE.
Volontiers....
LE CHEVALIER
Mais quelle folie.... ! en vérité..., j'ignore....
LA MAi^QUISE.
Non, non, vous êtes instruit , je le vois clairement... : parlez-nous franchement.^.. Entre nous , celle confidence ne peut être dangereuse ; d'ailleurs celte chanson n'est au fond qu'une plaisanterie fort innocente ; ainsi vous ne compromettrez point l'auteur eu le nommant.... Allons, allons, répondeznous, est-ce Dorval?
Dorval faire des vers... !
LA MARQUISE
C'est donc Sain ville?
LE CHEVALIER
Pas davantage....
HENRIETTE , à part.
A\\ ! que je crains que la marquise n ait
eu raison.
LA MARQUISE
Enfm, c'est....
LE CHEVALIER
Écoutez, je vais satisfaire votre curiosité;
mais il faut auparavant que mademoiselle
j ni' assure que cet aveu ne lui donnera pa^s
Y une opinion désavantageuse du caractèi'e
de Fauteur...,
IT. i5
LA MARQUISE
Mais VOUS croyez donc qu'Henriette est bien prude, bien provinciale.
HENRIETTE, h part.
Je suis au supplice !
Avec toutes vos façons vous l'impatientez
LE CHEVALIER
EFi bien, qu'elle m'ordonne de parler.
HENRIETTE
Moi, monsieur... ? en vérité^ je n'ai plus
à cet égard la moindre curiosité
LA MARQUISE
Vous l'entendez, elle est piquée.
LE CHEVALIER
Vous le voulez.... : l'auteur....
HENRIETTE , faisant quelques pas pour s'eu alier.
Il suffit.... Je n'en veux pas eniendre davantage....
LE CHEVALIER^ Ja retenant pair sa robe. Arrêtez....
LA MARQUISE
Elle est réellement fâchée... ; aussi vous vous êtes trop fait prier.
LE CHEVALIER
Ah ! j'allais le lui dire,. .«
LA MARQUISE
Finissez donc...
(Henriette f;ut un mouvemcni. ) Elle va vous échapper encore.
LE CHEVALIER
Eli ! c'est moi , c'est moi. . ..
HENRIETTE
Ah Dieu!
LA MARQUISE
Réellement, Tautem' de la chanson... ?
LE CHEVALIER
C'est moi, c'est moi...; êles-vous contente, mademoiselle, et m'allez-vous bouder encore...?
HENRIETTE
Quoi î se peut-il... !
LA MARQUISE , en riant.
Comment! c'est vous...! Ah! vous êtes une charmante créature....
HENRIETTE, à part.
Je suis outrée... !
LE CHEVALIER
Je me permis cette plaisanterie à un souper chez Sainville, entre gens sûrs.... On fit (les couplets, celui-ci m'échappa, et; malgré moi, cet impromptu s'est répandu, et a fait fortune....
34o LE MÉCHANT PAR AIR ,
(Un la(juais survenant au chevalier. )
M. le baron vous demande, monsieur, pour jouer au billard....
Allez, monsieur, ne le faites point attendre.
LE CHEVALIER , à Henriette.
Vous n'êtes plus, j'espère , fâchée contre
moi ?
HENRIETTE
Sourriez-vous le croire...?
LE CHEVALIER
Ah! sûrement, lorsqu'on a votre esprit, on ne peut prendre un badinage pour une méchanceté. . . .
HENRIETTE
Allez donc, monsieur, retrouver mon
oncle....
LE CHEVALIER
J'y vais... ; mais de grâce , que je puisse ce soir vous entretenir un instant — HENRIETTE.
Oui , oui , mais allez sans différer davantage....
LE CHEVALIER
J'obéis à" vos ordres ; cependant qu'ils sont durs lorsqu'ils m'éloignent de vous ! ( // lui baise la main et sort. )
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