SCÈNE PREMIÈRE
HENRIETTE, VOLSAIN.
VOLSAIN.
Non , mademoiselle, ce n'est point mon intérêt personnel qui me fait désirer un moment d'entretien, c'est le votre; je vois que vous êtes agitée, que vous souffrez...; et..., osernis-je vous le dire ? je crois savoir ce qui vous afflige....
HENRIETTE
Non , la marquise seule aurait pu vous en instruire , vous ne l'avez pas vue en particulier, depuis le dîner, puisqu'elle ne m'a pas quittée; ainsi.,..
VOLSAIN.
Je ne sais rien par elle, il est vrai; mais la profonde tristesse où vous êtes plongée, m'a fait aisément deviner la vérité..,. Parlons sans détour ; j'ai appris aujourd'hui que quelques personnes ont accusé le che-
valier de Semur d'avoii- fait une méchanceté qui devrait en effet vous être bien sensible....
HENRIETTE
Je vous avoue , monsieur , qu'il me semble que vous deviez moins que tout autre me parler de celle histoire....
VOLSAIN Je ne vous en parle, mademoiselle, que pour justifier mon rival....
HENRIETTE
Le justifier... l
VOLSAIN.
Que m'importe de le servir eu vous éclairant , si je puis dissiper votre peine , et du moins obtenir votre estime,... ?
HENRIETTE
De grâce, expliquez- vous, monsieur —
VOLSAIN.
Ce vaudeville que la calonuiie attribue au chevalier de Semur....
HENRIETTE
Eh bien ! . . . .
VOLSAIN.
ïl n'est point de lui....
HENRIETTE
Si c'est là , monsieur , tout ce que vous
aviez à me dire , nous pouvons terminer cette conversation....
VOLSAIN> Vous ne me croyez point.... ? je n'ima- Ijinais pas que vous fussiez prévenue à cet . excès... ! Je vous le répèle, mademoiselle, le chevalier de Semur n'est point l'auteur de celte chanson, et j'en ai la preuve incontestable...
HENRIETTE
Cette prétendue preuve ne peut être que chimérique... Ne me retenez plus, je vous
en prie.
VOLSAIN.
Un moment quoi qu'il puisse m'en
couler, je dois vous désabuser Enfin,
mademoiselle , celle chTmson n'est point nouvelle ; il y a plus de irentc ans qu'elle -fui faiie contre un certain baron dont le nom se trouve imprimé dans ce livre, à la tète du couplet. Tenez, lisez.... (il tire un livre de sa poche et le lui donne. )
HENRIETTE
Serait-il possible, ô ciel.... !
VOLSAIN.
Lisez, lisez, mademoiselle , et calmezvous.... On m'avait dit hier que le chevalier avait fait ce couplet j je n'en crus rien.
35o LE MECHANT PAR AIR,
Je priai un homme de lettres de me* amis de lâcher d'en découvrir l'auteur ; et il vient de m'envoyer ce recueil de chansons, qui est devenu assez rare, et que sans doute le chevalier ne connaît pas; ainsi le hasard m'a fourni l'occasion de le justifier à vos yeux , mieux peut-être qu'il ne l'aurait pu lui-même.
HENRIETTE, à part.
Il est aussi fat , aussi menteur que méchant! ah grand Dieu...! {Haut.) Je n'oubherai de ma vie, monsieur, la générosité que vous venez de me montrer ; et je souhaite , pour votre bonheur, que toutes les preuves que vous en pourrex donner encore à l'avenir, ne fassent jamais plus de tort à vos intérêts personnels...
VOLSAIN.
Que signifient ce discours et cette cruelle
ironie...?
HENRIETTE
IjC temps vous fera connaître que je ne parle que trop sérieusement; mais j'aperçois la comtesse : adieu ; de grâce , ne me suivez point. ( Elle sort. ) VOLSAIN.
Hélas... ! que dois-je penser....?