‹ Théâtre de Victor Hugo. 3e sérieChapitre 102 sur 208 · RUY BLAS, LE PAGE · texte numérisé non relu

RUY BLAS, LE PAGE

RUY BLAS, à part et se parlant à lui-même.

Que faire? — Elle d'abord! elle avant tout!— rien qu'elle!

Dùt-on voir sur un mur rejaillir ma cervelle,

Dût le gibet me prendre ou l'enfer me saisir!

Il faut que je la sauve! — Oui! mais y réussir?

Comment faire? donner mon sang, mon cœur, mon amc.

Ce n'est rien, c'est aisé. Mais rompre cette trame!

Deviner... — deviner! car il faut deviner!

Ce que cet homme a pu construire et combiner!

Il sort soudain de l'ombre et puis il s'y replonge.

Et là, seul dans sa nuit, que fait-il?— Quand j'y songe,

Dans le premier moment je l'ai prié pour moi;

Je suis un lâche, et puis c'est stupide ! — Eh bien , quoi !

C'est un homme méchant. — Mais que je m'imagine

— La chose a sans nul doute une ancienne origine, — Que lorsqu'il tient sa proie et la mâche à moitié, Ce démon va lâcher la reine, par pitié

Pour son valet! Peut-on fléchir les bétes fauves? —Mais, misérable, il faut pourtant que tu la sauves! C'est toi qui Tas perdue ! à tout prix ! il le faut !

— C'est fini. Me voilà retombé! De si haut!

Si bas! j'ai donc rêvé !— Ho! je veux qu'elle échappe!

Mais lui, par quelle porte, ô Dieu! par quelle trappe.

Par où va-t-il venir, l'homme de trahison?

Dans ma vie et dans moi, comme en cette maison,

Il est maître. Il en peut arracher les dorures.

Il a toutes les clefs de toutes les serrures.

11 peut entrer, sortir, dans l'ombre s'approcher.

Et marcher sur mon cœur comme sur ce plancher.

— Oui, c'est (fue je rêvais ! le sort trouble nos tètes

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