‹ Théâtre de Victor Hugo. 3e sérieChapitre 113 sur 208 · ACTE IV, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE III

Le laquais se lève en trébuchant et emplit d'or lof^ poches de son justaucorps. Don César l'y aide tout en continuant.

Dans la ruelle, au bout de la Place-Mayor, Entre au numéro neuf. Une maison étroite. Beau logis, si ce n'est que la fenêtre à droite A sur le cristallin une taie en papier.

LE LAQUAIS

Maison borgne?

DON CÉSAR

Non, louche. On peut s'estropier En montant l'escalier. Prends-y garde.

LE LAQUAIS

Une échelle?

DON CÉSAR

A peu près. C'est plus roide. — En haut loge une belle Facile à reconnaître : un bonnet de six sous Avec de gros cheveux ébouriffés dessous , Un peu courte, un peu rousse. . . — une femme charmante 1 Sois très-respectueux, mon cher, c'est mon amante! Lucinda, qui jadis, blonde à l'œil indigo. Chez le pape, le soir, dansait le fandango. Compte-lui cent ducats en mon nom. — Dans un bouge, A côté, tu verras un gros diable au nez rouge, Coiffé jusqu'aux sourcils d'un vieux feutre fané Où pend tragiquement un plumeau consterné, La rapière à l'échiné et la loque à l'épaule.

— Donne de notre part six piastres à ce drôle. — Plus loin, tu trouveras un trou noir comme un four, Un cabaret qui chante au coin d'un carrefour.

Sur le seuil boit et fume un vivant qui le hante. C'est un homme fort doux et de vie élégante. Un seigneur dont jamais un juron ne tomba , Et mon ami de cœur, nommé Goulatromba.

— Trente écus! et dis-lui, pour toutes patenôtres, Qu'il les boive bien vite et qu'il en aura d'autres. Donne à tous ces faquins ton argent le plus rond, Et ne t'ébahis pas des yeux qu'ils ouvriront.

iS'i RU Y BLAS.

LE LAQUAIS

Après?

DON CÉSAR

Garde le reste. Et pour dernier chapitre.

LE LAQUAIS

Qu'ordonne monseigneur?

DON CÉSAR

Va te soûler, bélître!

Casse beaucoup de pots et fais beaucoup de bruit, Et ne rentre chez toi que demain — dans la nuit.

LE LAQUAIS

Suffit, mon prince.

Il se dirige vers la porté en faisant des zigzags.

DON CÉSAR , le regardant marcher.

A part.

Il est effroyablement ivre !

Le rappelant. L'autre se rapproche.

Ah!... — Quand tu sortiras, les oisifs vont te suivre. Fais par ta contenance honneur à la boisson. Sache te comporter d'une noble façon.

S'il tombe par hasard des écus de tes chausses, Laisse tomber; — et si des essayeurs de sauces. Des clercs, des écoliers, des gueux qu'on voit passer, Les ramassent, — mon cher, laisse-les ramasser. Ne sois pas un mortel de trop farouche approche. Si même ils en prenaient quelques-uns dans ta poehe, Sois indulgent. Ce sont des hommes comme nous. Et puis il faut, vois-tu, c'est une loi pour tous, Dans ce monde, rempli de sombres aventures. Donner parfois un peu de joie aux créatures.

Avec mélancolie.

Tous ces gens-là seront peut-être un jour pendus! Ayons donc les égards pour eux qui leur sont dus! — Va-t'en,

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