‹ Théâtre de Victor Hugo. 3e sérieChapitre 148 sur 208 · PREMIÈRE PARTIE, SCÈNE IL · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE, SCÈNE IL

GONDICARIUS.

Plût au ciel ! et qu'il vînt Délivrer l'Allemagne avant douze cent vingt; Fatale année, où doit, dit-on, crouler l'Empire!

SWAN

Déjà de toutes parts notre grandeur expire.

HAQUIN.

Si Frédéric était vivant, — oui, j'y songeais, — Pour nous tirer d'ici, nous, ses loyaux sujets. Il recommencerait la guerre des burgraves.

KUNZ.

Hé, le monde entier souffre autant que nous, esclaves. L'Allemagne est sans chef, et l'Europe est sans frein.

HAQUIN.

Le pain manque.

GONDICARIUS.

Partout on voit aux bords du Rhin Le noir fourmillement des brigands qui renaissent.

KUNZ.

Les électeurs entre eux de brigues se repaissent.

HERMANN

Cologne est pour Souabe.

SWAN

Erfurth est pour Brunswick.

GONDICARIUS.

Mayence élit Berthold.

KUNZ.

Trêves veut Frédéric.

GONDICARIUS.

En attendant tout meurt.

HAQUIN.

Les villes sont fermées.

SWAN

On ne peut voyager que par bandes armées.

KARL

Par les petits tyrans les peuples sont froissés.

TEUDOX.

Quatre empereurs! — c'est trop. Et ce n'est pas assez. En fait de rois, vois-tu, Karl, un vaut plus que quatre.

KUNZ.

Il faudrait un bras fort pour lutter, pour combattre. Mais hélas ! Barberousse est mort,— bien mort, Suénon !

swAN, à Jossius.

A-t-on dans le Cydnus retrouvé son corps?

JOSSIUS.

Non.

Les flots l'ont emporté.

TEUDON.

Swan, as-tu connaissance De la prédiction qu'on fit à sa naissance? — « Cet enfant , dont le monde un jour sui\Ta les lois, » Deux fois sera cru mort et revivra deux fois. » — Or, la prédiction, qu'on raille ou qu'on oublie, Une première fois semble s'être accomplie.

HERMANN

Barberousse est l'objet de cent contes.

TEUDO.N.

Je dis Ce que je sais. J'ai vu, vers l'an quatre-vingt-dix, A Prague, à l'hôpital, dans une casemate, Un certain Sfrondati, gentilhomme dalmate, Fort vieux , et qu'on disait privé de sa raison. Cet homme racontait tout haut dans sa prison,

Page 1