‹ Théâtre de Victor Hugo. 3e sérieChapitre 153 sur 208 · PREMIÈRE PARTIE, SCENE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE, SCENE

RÉGINA

Je vais mourir.

A quoi bon?

OTBERT.

Oh ! pourquoi parler ainsi?

RÉGINA

Souffrir, Rêver, puis s'en aller. C'est le sort de la femme.

OTBERT, lui montrant la fenêtre.

Voyez ce beau soleil !

RÉGINA

Oui, le couchant s'enflamme.

Nous sommes en automne et nous sommes au soir. Partout la feuille tombe et le bois devient noir.

Les feuilles renaîtront.

RÉGINA

Oui.—

Rêvant et regardant le ciel.

Vite ! — à tire d'ailes ! — — Oh! c'est triste de voir s'enfuir les hirondelles! Elles s'en vont là-bas vers le midi doré.

OTBERT.

Elles reviendront.

RÉGINA

Oui. — Mais moi je ne verrai Ni l'oiseau revenir, ni la feuille renaître!

OTBERT.

Réginal...

RÉGINA

Mettez-moi plus près de la fenêtre.

Elle lui donne sa bourse.

Olbert, jetez ma bourse aux pauvres prisonniers.

Otbert jette la bourse par une des fenêtres du fond. Elle continue, l'œil fixé au dehors.

Oui, ce soleil est beau. Ses rayons, — les derniers! —

Sur le front du Taunus posent une couronne;

Le fleuve luit ; le bois de splendeurs s'environne ;

Les vitres du hameau, là-bas, sont tout en feu;

Que c'est beaul que c'est grandi quec'estcharmant, mon Dieu!

La nature est un flot de vie et de lumière!...

Oh ! je n'ai pas de père et je n'ai pas de mère,

Nul ne peut me sauver, nul ne peut me guérir,

Je suis seule en ce monde et je me sens mourir!

OTBERT.

Vous, seule au monde ! et moi ! moi qui vous aime !

RÉGINA

Rêve!

Non, vous ne m'aimez pas, Otbert! La nuit se lève ! — La nuit! — J'y vais tomber. Vous m'oublirez après.

OTBERT.

Mais pour vous je mourrais et je me damnerais! Je ne vous aime pas ! — Elle me désespère ! — Depuis un an, du jour où dans ce noir repaire , Je vous vis, au milieu de ces bandits jaloux , Je vous aimai. Mes yeux, madame, allaient à vous, Dans ce morne château, plein de crimes sans nombre, Comme au seul lys du gouffre, au seul astre de l'ombre ! Oui, j'osai vous aimer, vous, comtesse du Rhin ! Vous, promise à Hatto, le comte au cœur d'airain! Je vous l'ai dit, je suis un pauvre capitaine ; Homme de forme épée et de race incertaine. Peut-être moins qu'un serf, peut-être autant qu'un roi. Mais tout ce que je suis est à vous. Quittez-moi, Je meurs. — Vous êtes deux dans ce château que j'aime. Vous d'abord, avant tout, avant mon père même, Si j'en avais un, — puis

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