‹ Théâtre de Victor Hugo. 3e sérieChapitre 164 sur 208 · LES MÊMES, JOB, MAGNUS, OTBERT · texte numérisé non relu

LES MÊMES, JOB, MAGNUS, OTBERT

MAGNUS

Jadis il en était Des serments qu'on faisait dans la vieille Allemagne , Comme de nos habits de guerre et de campagne; Ils étaient en acier. — J'y songe avec orgueil. — C'était chose solide et reluisante à l'œil, Que l'on n'entamait point sans lutte et sans bataille, A laquelle d'un homme on mesurait la taille , Qu'un noble avait toujours présente à son chevet, Et qui , même rouillée , était bonne et servait. Le brave mort dormait dans sa tombe humble et pure, Couché dans son serment comme dans son armure , Et le temps, qui des morts ronge le vêtement, Parfois brisait l'armure , et jamais le serment. Mais aujourd'hui la foi, l'honneur et les paroles Ont pris le train nouveau des modes espagnoles. Clinquant! soie! — Un serment, avec ou sans témoins. Dure autant qu'un pourpoint. —Parfois plus, souvent moins!- S'use vite, et n'est plus qu'un haillon incommode Qu'on déchire et qu'on jette en disant : Vieille mode!

A ces paroles de Magnus, tous se sont retournés avec stupeur. Moment de silence parmi les convives.

HATTO, s' inclinant devant les vieillards. Mon père ..

3IAGNUS.

Jeunes gens, vous faites bien du bruit. Laissez les vieux rêver dans l'ombre et dans la nuit. La lueur des festins blesse leurs yeux sévères. Les vieux choquaient l'épée; enfants 1 choquez les verres! Mais loin de nous 1

IIATTO.

Seigneur...

En ce moment il aperçoit les portraits disposés sur le mur la face contre la pierre.

Mais qui donc?...

A Magnus.

Pardonnez.

Ces portraits! mes aïeux 1 qui les a retournés"? Qui s'est permis?...

MAGNUS

C'est moi.

HATTO

Vous?

MAGNUS

Moi.

IIATTO.

Mon père ! . . .

LE DUC GERHARD , à HattO.

11 raille !

MAGNUS, à Hatto.

.Te les ai retournés tous contre la muraille,

Pour qu'ils ne puissent voir la honte de leurs fils.

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