‹ Théâtre de Victor Hugo. 3e sérieChapitre 165 sur 208 · PREMIÈRE PARTIE, SCÈ>E VI · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE, SCÈ>E VI

HATTO, furieux.

Barberousse a puni son grand- oncle Louis Pourun affront moins grand. Puisqu'àbouton me pousse.

MAGNUS, tournant à demi la tête vers Hatto. Il me semble qu'on a parlé de Barberousse , Il me semble qu'on a loué ce compagnon. Que devant moi jamais on ne dise ce nom !

LE COMTE LUPUS, riant.

Que vous a-t-il donc fait, bonhomme?

MAGNUS

0 nos ancêtres !

Restez, restez voilés ! — Ce qu'il m'a fait, mes maîtres? — Ne parlais-tu pas, toi , petit comte de Mons? — Descends les bords du Rhin, du lac jusqu'aux Sept-Monts, Et compte les châteaux détruits sur les deux rives ! — Ce qu'il m'a fait? — Nos sœurs et nos filles captives, Gibets impériaux bâtis pour les vautours Sur nos rochers avec les pierres de nos tours. Assauts, guerre et carnage à tous tant que nous sommes, Carcans d'esclave au cou des meilleurs gentilshommes. Voilà ce qu'il m'a fait! — et ce qu'il vous a fait! — Trente ans, sous ce César, qui toujours triomphait. L'incendie et l'exil, les fers, mille aventures, Les juges, les cachots, les greffiers, les tortures. Oui , nous avons souffert tout cela ! nous avons , Grand Dieu! comme des juifs, comme des esclavons, Subi ce long, affront, cette longue victoire, Et nos fils dégradés n'en savent plus l'histoire! — Tout pliait devant lui. — Quand Frédéric premier. Masqué, mais couvert d'or du talon au cimier. Surgissant au sommet d'une brèche enflammée, Jetait son gantelet à toute notre armée. Tout tremblait, tout fuyait, d'épouvante saisi.' Mon père seul un jour, —

Montrant Vautre vieillard.

Mon père , que voici ! — Lui barrant le chemin dans une cour étroite,

D'un trèfle au feu rougi lui flétrit la main droite ! — 0 souvenirs ! ô temps ! tout s'est évanoui ! L'éclair a disparu de notre œil ébloui. Les barons sont tombés; les burgs jonchent la plaine. De toute la forêt il ne reste qu'un chêne,

S'inclinant devant le vieillard.

Et ce chêne , c'est vous , mon père vénéré !

Se redressant.

— Barberousse ! — Malheur à ce nom abhorré ! — Nos blasons sont cachés sous l'herbe et les épines. Le Rhin déshonoré coule entre des ruines! — Oh ! je nous vengerai ! — ce sera ma grandeur ! — Sans trêve, sans merci, sans pitié, sans pudeur, Sur lui, s'il n'est pas mort, ou du moins sur sa race. Rien ne m'empêchera de le frapper 1 — Dieu fasse Qu'avant d'être au tombeau mon cœur soit soulagé. Que je ne meure pas avant d'être vengé ! Car, pour avoir enfin cette suprême joie , Pour sortir de la tombe et ressaisir ma proie , Pour pouvoir revenir sur terre après ma mort, Jeunes gens, je ferais quelque exécrable effort! Oui^ que Dieu veuille ou non, le front haut, le cœur ferme, Je veux, quelle que soit la porte qui m'enferme, Porte du paradis ou porte de l'enfer , La briser

Étendant les bras.

d'un seul coup de ce poignet de fer ! — // s arrête^ s'interrompt et reste un moment silencieux. Hélas ! que dis-je là , moi , vieillard solitaire !

// tombe dans une profonde rêverie, et semble ne plus rien entendre autour de lui. Peu à peu la joie et la hardiesse renaissent parmi les convives. Les deux vieillards semblent deux statues. Le vin circule et les rires recommencent.

iiATTO. bas au duc Gerhard en lui montrant les vieillards

avec un haussement d'épaules.

L'use leur a troublé l'esprit.

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