‹ Théâtre de Victor Hugo. 3e sérieChapitre 178 sur 208 · DEUXIÈME PARTIE, SCENE IV · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE, SCENE IV

Ce que ce mendiant , mon hôte, a dit hier Passait à chaque instant en moi comme un éclair ;

A Régina.

Puis je songeais à toi , que je voyais mourante; A ta mère, ombre triste autour de nous errante... —

A Otbert.

Tout à coup dans ma chambre elle entre, cette enfant, Fraîche, rose, le front joyeux, l'air triomphant. Un miracle! Je ris, je pleure, je chancelle. — Venez remercier sire Otbert, me dit-elle. .l'ai répondu : Courons remercier Otbert. Nous avons traversé le vieux château désert...

RÉGLNA, gai ment.

Et nous voici tous deux courant!

JOB, à Otbert.

Mais quel mystère?

Ma Régina guérie!... Il ne faut rien me taire... Comment donc as-tu fait pour la sauver ainsi "^

OTBERT.

C'est un philtre, un secret, qu'une esclave d'ici M'a vendu.

JOB

Cette esclave est libre! je lui donne Cent livres d'or, des champs, des vignes! .le pardonne Aux condamnés à mort dans ce burg gémissants ! .l'accorde la franchise à mille paysans, Au choix de Régina.

Il leur prend /e.s main fi.

.l'ai le cœur plein de joie !

Les regardant avec tendresse.

Puis il suffit aussi que tous deux je vous voie! // fait quelques pas vers le devant du théàtri' (t semble

tomber dans une profonde rêverie.

C'est vrai, je suis maudit, je suis seul, je suis vieux! — Je suis triste! — Au donjon qu'habitent mes aïeux

298 LtS BUR GRAVES.

Je me cache, et là, morne, assis, muet et sombre, Je regarde pensif autour de moi dans l'ombre. Hélas ! tout est bien noir. Je promène mes yeux Au loin sur l'Allemagne , et n'y vois qu'envieux , Tyrans, bourreaux, luttant de folie et de crime; Pauvre pays, poussé par cent bras vers l'abîme, Qui va tomber, si Dieu ne fait sur son chemin Passer quelque géant qui lui tende la main ! Mon pays me fait mal. Je regarde ma race, Ma maison, mes enfants... — Haine, bassesse, audace! Hatto contre Magnus; Gorlois contre Hatto; Et déjà sous le loup grince le louveteau. Ma race me fait peur. Je regarde en moi-même. — Ma vie, ô Dieu!— je tremble et mon front devient blême! Tant chaque souvenir qu'évoque mon effroi Prend un masque hideux en passant devant moi ! Oui, tout est noir.— Démons dans ma patrie en flamme, Monstres dans ma famille et spectres dans mon ame ! — Aussi , lorsqu'à la fin mon œil troublé , que suit La triple vision de cette triple nuit.

Cherchant le jour et Dieu, lentement se relève, J'ai besoin , en sortant de l'abîme où je rêve , De vous voir près de moi comme deux purs rayons , Comme au seuil de l'enfer deux apparitions. Vous, enfants dont le front de tant de clarté brille , Toi , jeune homme vaillant; toi , douce jeune fille ; Vous qui semblez, vers moi quand vos yeux sont tournés, Deux anges indulgents sur Satan inclinés!

OTRERT, à part.

Hélas!

RÉGINA

0 monseigneur!

JOB

Enfants ! que je vous serre Tous les deux dans mes bras!

A Otberl , en le regardant entre les deux yeux avec tendresse.

Ton regard est sincère.

Page 1