‹ Théâtre de Victor Hugo. 3e sérieChapitre 179 sur 208 · DEUXIEME PARTIE, SCENK IV. 2\)'J · texte numérisé non relu

DEUXIEME PARTIE, SCENK IV. 2\)'J

On sent en toi le preux fidèle à son serment, Comme l'aigle au soleil et le fer à l'aimant. Tout ce qu'il a promis, cet enfant l'exécute,

A lUgina.

N'est-ce pas?

RÉGINA

Je lui dois la vie.

JOB

Avant ma chute, J'étais pareil à lui! grave, pur, chaste et fier Gomme une vierge et comme une épée.

Il va à la fenêtre.

Ah ! cet air Est doux, le ciel sourit et le soleil rassure.

Revenant à Régina et lui montrant Otbert.

Vois-tu , ma Régina , cette noble figure Me rappelle un enfant, mon pauvre dernier-né. Quand Dieu me le donna, je me crus pardonné. Voilà vingt ans bientôt. — Un fils à ma vieillesse! Quel don du ciel! J'allais à son berceau sans cesse. Même quand il dormait, je lui parlais souvent; Car quand on est très-vieux , on devient très-enfant. Le soir sur mes genoux j'avais sa tète blonde... — Je te parle d'un temps! tu n'étais pas au monde. — Il bégayait déjà les mots dont on sourit. Il n'avait pas un an, il avait de l'esprit; Il me connaissait bien! je ne peux pas te dire, 11 me riait; et moi, quand je le voyais rire, J'avais, pauvre vieillard, un soleil dans le cœur! J'en voulais faire un brave, un vaillant, un vainqueur, Je l'avais nomméGeorge. . . — Un jour, — pensée amère! — 11 jouait, dans les champs. . . — Oh ! quand tu seras mère, Ne laisse pas jouer tes enfants loin de toi ! — On me le prit. — Des juifs, une femme! Pourquoi? Pour l'égorger, dit-on, dans leur sabbat. —Je pleure, Je pleure après vingt ans comme à la première heure.

300 Li:S BLRGliAVtS.

Hélas 1 je l aimais lantl C'était mon petit roi. J'étais fou , j'étais ivre , et je sentais en moi Tout ce que sent une ame en qui le ciel s'épanche, Quand ses petites mains touchaient ma barbe blanche I — Je ne l'ai plus revu ! Jamais! — Mon cœur se rompt!

A Otbert.

Il serait de ton âge. Il aurait ton beau front, Il serait innocent comme toi. — Viens! Je t'aime.

Depuis quelques instants G uanhumara est entrée et observe du fond du théâtre sans être vue. — Job presse Otbert dans un étroit embrassement , et pleure.

Parfois, en te voyant, je me dis : C'est lui-même ! Par un miracle étrange et charmant à la fois, Tout en toi , ta candeur, ton air, tes yeux, ta voix . En rappelant ce fils à mon ame affaiblie , Fait que je m'en souviens et fait que je l'oublie. Sois mon fils!

Monseigneur!

JOB

Sois mon fils. — Comprends-tu?

Toi, brave enfant, épris d'honneur et de vertu, Fils de rien, je le sais, et sans père ni mère, Mais grand cœur, que remplit une grande chimère, Sais-tu, quand je te dis : Jeune homme, sois mon fils! Ce que je veux te dire et ce que je te dis? Je veux dire...

.i Otbert et à Régina.

Écoutez.

...Que passer sa journée Près d un pauvre vieillard, face au tombeau tournée, Du malin jusqu'au soir vivre comme en prison, Quand on est belle fille et qu'on est beau garçon, (]e serait odieux, affreux, contre nature, Si l'on ne pouvait pas, dans cette chambre obscure, Par-dessus le vieillard , qui s'aperçoit du jeu ,

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