‹ Théâtre de Victor Hugo. 3e sérieChapitre 180 sur 208 · DEUXIEME PARTIE, SCEJNE IV. 3U · texte numérisé non relu

DEUXIEME PARTIE, SCEJNE IV. 3U

Se regarder parfois et se sourire un i)eu.

Je dis que le vieillard en a l'ame attendrie ,

Que je vois bien qu'on s'aime — et que je vous marie I

RÉGiNA , éperdue de joie.

Ciel!

JOB , à Régina.

Je veux achever ta guérison , moi !

OTBERT.

Quoi?

JOB , à Régina.

Ta mère était ma nièce et t'a léguée à moi.

Elle est morte. —Et j'ai vu, comme elle, disparaître.

Hélas! sept de mes fils, les plus vaillants peut-être,

Georges, mon doux enfant, envolé pour jamais,

Et ma dernière femme, et tout ce que j'aimais!

C'est la peine imposée à ceux qui long-temps vivent,

De voir sans cesse, ainsi que les mois qui se suivent,

Les deuils se succéder de saison en saison,

Et les vêtements noirs entrer dans la maison !

— Toi, du moins, soisheureuse!— Enfants, je vous marie!

Hatto te briserait, ma pauvre fleur chérie!

Quand ta mère mourut, je lui dis : —Meurs en paix ;

Ta fille est mon enfant; et, s'il le faut jamais,

Je donnerai mon sang pour elle ! —

RKGINA.

0 mon bon père !

JOB

Je Tai juré!

.1 Otbcrl.

Toi, fils, \a, grandis! fais la guerre. Tu n'as rien ; mais pour dot je te donne mon fief De Kammer])erg, mouvant de ma lour d'Hcppenlielf. Marche comme ont marché Xemrod, César, Pompée! J'ai deux mères, vois-tu, ma mère et mon épée. Je suis bâtard d'un comte, et légitime fils De mes exploits. Il faut faire comme je fis.

A part. Hélas ! au crime près !

302 Li:S BUUGRAVES.

Haut.

Mon enfant 1 sois honnête Et brave. Dès long-temps j'arrange dans ma tète Ce mariage-là. Certe, on peut allier Le franc -archer Otbert à Job , franc chevalier! Tu t'étais dit : — Toujours je serai , ([uelle honte ! Le chien du vieux lion, le page du vieux comte. Captif, tant qu'il vivra, près de lui 1 — Sur ma foi , Je t'aime, mon enfant, mais pour toi, non pour moi. Oh 1 les vieux ne sont pas si méchants qu'on le pense 1 Voyons, arrangeons tout. Je crains Hatto. Silence I Pas de rupture ici. L'on joùrait du couteau.

Baissant la voix.

Mon donjon communique aux fossés du château. J'en ai les clefs. Otbert, ce soir, sous bonne garde , Vous partirez tous deux. Le reste te regarde.

OTBERT.

Mais...

JOB, souriant.

Tu refuses?

OTBERT.

Comte ! ah ! c'est le paradis Que vous m'ouvrez!

JOB

Alors fais ce que je te dis.

Plus un mot. Le soleil couché, vous fuirez vite. J'empêcherai Hatto d'aller à ta poursuite; Et vous vous marîrez à Caub.

Guanhumara ^ qui a tout entendu^ sort. Il prend leurs bras à tous deux sous les siens et les regarde avec tendresse.

Mes amoureux ,

Dites-moi seulement que vous êtes heureux.

Moi , je vais rester seul.

RÉULNA.

Mon père!

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