DEUXIÈME PARTIE, SCÈNE VI
Sauvez-le! Moi, je tombe à genoux en ce lieu Devant mon empereur que ramène mon Dieu 1
Il s' agenouille devant Barberousse , puis se tourne à demi vers les princes et les burgraves.
A genoux tous ! — Jetez à terre vos épées !
Tous jettent leurs épées et se prosternent, excepté Magnus. Jobj à genoux, parle à rempereur.
Vous êtes nécessaire aux nations frappées ;
Vous seul ! Sans vous l'état touche aux derniers mornenls.
Il est en Allemagne encor deux Allemands :
Vous et moi. — Vous et moi, cela suffira, sire.
Régnez,
Désignant du geste les assistants.
Quant à ceux-ci, je les ai laissés dire. Excusez-les , ce sont des jeunes gens.
A Magnus, qui est resté debout.
Magnus!
Magnus, en proie à une sombre irrésolution, semble hésiter. Son père fait un geste. Il tombe à genoux. Job poursuit.
Toujours barons et serfs, fronts casqués et pieds nus, Chasseurs et laboureurs ont échangé des haines; Les montagnes toujours onl fait la guerre aux plaines ; Vous le savez. Pourtant, j'en conviens sans effort, Les barons ont mal fait , les montagnes ont tort !
Se relevant. Aux soldats.
Qu'on mette en liberté les captifs.
Les soldats obéissent en silence et détachent les chaines des prisonniers , qui, pendant cette scène, sont venus se grouper dans la galerie, au fond du théâtre. Job reprend.
Vous, burgraves, Prenez, César le veut, leurs fors et leurs entraves.
Lefi burgraves se relèvent avec indiynaiion. Jah les regarde avec autorité.
— Moi dabord.
// fait signe à un soldat de lui mettre au cou un des colliers de fer. Le soldat baisse la tête et détourne les yeux. Job lui fait signe de nouveau. Le soldat obéit. Les autres burgraves se laissent enchaîner sans résistance. Job, la chaîne au cou, se tourne vers l'empereur.
Nous voilà comme tu nous voulais, Très-auguste empereur. Dans son propre palais Le vieux Job est esclave et t'apporte sa tète. Maintenant, si des fronts qu'a battus la tempête Méritent la pitié, mon maître, écoutez-moi. Quant vous irez combattre aux frontières, ô roi, Laissez-nous, — faites-nous cette grâce dernière, — Vous suivre, troupe armée et pourtant prisonnière. Nous garderons nos fers ; mais, tristes et soumis, Mettez-nous face à face avec vos ennemis, Devant les plus hardis, devant les plus barbares; Et quels qu'ils soient, hongrois, vandales, magyares, Fussent-ils plus nombreux que ne sont sur la mer Les grêles du printemps et les neiges d'hiver. Fussent- ils plus épais que les blés sur la plaine, Vous nous verrez, flétris, l'œil baissé, l'ame pleine De ce regret amer qui se change en courroux , Balayer — j"en réponds! — ces hordes devant vous. Terribles, enchaînés, les mains de sang trempées, Forçats par nos carcans, héros par nos épées !
LE CAPITAINE DES ARCHERS DU BURG , s' avançant vers Job, et s' inclinant pour prendre ses ordres.
Seigneur...
Job secoue la tête et lui fait signe du doigt de s'adresser à Vempereur, silencieux et immobile au milieu du théâtre. Le capitaine se tourne vers ïempereur et le salue profondément.
Sire...