‹ Théâtre de Victor Hugo. 3e sérieChapitre 197 sur 208 · TROISIÈME PARTIE, SCÈNE II · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE, SCÈNE II

Mourirn'estrien. Prends-moi, prends mes jours, prends mon sang,

Mais ne fais pas commettre un crime à l'innocent.

Femme, contente-toi d'une seule victime.

Un monde étrange à moi se révèle. Mon crime

A fait germer ici dans l'ombre, sous ces monts,

Un enfer dont je vois remuer les démons.

Hideux nid de serpents , né des gouttes fatales

Qui de mon poignard nu tombèrent sur ces dalles!

Le meurtre est un semeur qui récolte le mal ;

Je le sais. — Tu m'as pris dans un cercle infernal.

Que te faut-il de plus ? ne suis-je pas ta proie?

C'est juste , tu fais bien , je t'accueille avec joie,

Moi, maudit dans mes fils , maudit dans mes neveux I

Mais épargne l'enfant ! le dernier ! — Quoi ! tu veux

Qu'il entre ici pur, noble et sans tache , et qu'il sorte

Marqué du signe affreux que moi, Caïn , je porte!

— Ginevra, puisqu'enfin vous avez cru devoir Me le prendre, à moi vieux dont il était l'espoir, A moi qui du tombeau sentais déjà l'approche, Je ne veux point ici vous faire de reproche , — Enfin, vous l'avez pris et gardé près de vous , Sans le faire souffrir, ce pauvre enfant si doux. N'est-ce pas? Vous avez , ô bonheur que j'envie ! Vu s'ouvrir son œil d'aigle interrogeant la vie , Et son beau front chercher votre sein réchauffant ,

Et naître sa jeune ame ! . . .— Eh bien, c'est votre enfant ! Votre enfant comme à moi! Vraiment, je vous le jure!— Oii! j'ai déjà souffert beaucoup , je vous assure. Je suis puni ! — Le jour où l'on vint m'annoncer Que George était perdu, qu'on avait vu passer Quelqu'un qui l'emportait,... je me crus en délire.

— Je n'exagère pas, on a pu vous le dire. — J'ai crié ce seul mot : Mon enfant enlevé! Figurez-vous, je suis tombé sur le pavé !

— Pauvre enfant ! — Quand j'y pense ! il couraitdans les roses. Il jouait! — N'est ce pas, ce sont là de ces choses

Qui torturent? jugez si j'ai souffert! — Eh bien! Ne fais pas un forfait plus affreux que le mien ! Ne souille pas cette ame encor pure et divine ! Oh! si tu sens un cœur battre dans ta poitrine!...

GUANHITMARA.

Un cœur? Je n'en ai plus. Tu me l'as arraché.

JOB

Oui, je veux bien mourir, dans ce tombeau couché, — Pas de sa main 1 —

GUANHUMARA

Le frère ici tua le frère , Le fils ici tùra le père.

JOB, à genoux, les mains jointes, se tramant aux pieds de Guanhumara.

A ma misère Accorde une autre mort. Je t'en prie !

GUANHUMARA

Ah! maudit!

Je te priais aussi, je te l'ai déjà dit, A genoux, le sein nu, folle et désespérée. Te souviens-tu qu'enfin , me levant égarée , Je criai : — Je suis corse! — et je te menaçai? Alors, tout en jetant ta victime au fossé, Me repoussant du pied avec un rire étrange , Tu me dis : Venge-toi si tu peux ! -— Je me venge !

JOB, toujours à genoux.

Mon fils ne t'a rien fait! Grâce! Je pleure... Voi! Songe que je t'aimais! J'étais jaloux !

GUANHUMARA

Tais-toi!

Levant les yeux au ciel.

C'est une chose impie entre tant d'autres crimes Que le couple effrayant , perdu dans les abîmes, Qui parle en ce tombeau d'épouvante entouré, Ose encor prononcer, amour, ton nom sacré!

A Job.

Eh bien ! j'aimais aussi , moi , dont le cœur est vide î Hends-moi mon Donntol r(Mids-lc-moi . fratricide!

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