TROISIÈME PARTIE, SCÈNE II
Mourirn'estrien. Prends-moi, prends mes jours, prends mon sang,
Mais ne fais pas commettre un crime à l'innocent.
Femme, contente-toi d'une seule victime.
Un monde étrange à moi se révèle. Mon crime
A fait germer ici dans l'ombre, sous ces monts,
Un enfer dont je vois remuer les démons.
Hideux nid de serpents , né des gouttes fatales
Qui de mon poignard nu tombèrent sur ces dalles!
Le meurtre est un semeur qui récolte le mal ;
Je le sais. — Tu m'as pris dans un cercle infernal.
Que te faut-il de plus ? ne suis-je pas ta proie?
C'est juste , tu fais bien , je t'accueille avec joie,
Moi, maudit dans mes fils , maudit dans mes neveux I
Mais épargne l'enfant ! le dernier ! — Quoi ! tu veux
Qu'il entre ici pur, noble et sans tache , et qu'il sorte
Marqué du signe affreux que moi, Caïn , je porte!
— Ginevra, puisqu'enfin vous avez cru devoir Me le prendre, à moi vieux dont il était l'espoir, A moi qui du tombeau sentais déjà l'approche, Je ne veux point ici vous faire de reproche , — Enfin, vous l'avez pris et gardé près de vous , Sans le faire souffrir, ce pauvre enfant si doux. N'est-ce pas? Vous avez , ô bonheur que j'envie ! Vu s'ouvrir son œil d'aigle interrogeant la vie , Et son beau front chercher votre sein réchauffant ,
Et naître sa jeune ame ! . . .— Eh bien, c'est votre enfant ! Votre enfant comme à moi! Vraiment, je vous le jure!— Oii! j'ai déjà souffert beaucoup , je vous assure. Je suis puni ! — Le jour où l'on vint m'annoncer Que George était perdu, qu'on avait vu passer Quelqu'un qui l'emportait,... je me crus en délire.
— Je n'exagère pas, on a pu vous le dire. — J'ai crié ce seul mot : Mon enfant enlevé! Figurez-vous, je suis tombé sur le pavé !
— Pauvre enfant ! — Quand j'y pense ! il couraitdans les roses. Il jouait! — N'est ce pas, ce sont là de ces choses
Qui torturent? jugez si j'ai souffert! — Eh bien! Ne fais pas un forfait plus affreux que le mien ! Ne souille pas cette ame encor pure et divine ! Oh! si tu sens un cœur battre dans ta poitrine!...
GUANHITMARA.
Un cœur? Je n'en ai plus. Tu me l'as arraché.
JOB
Oui, je veux bien mourir, dans ce tombeau couché, — Pas de sa main 1 —
GUANHUMARA
Le frère ici tua le frère , Le fils ici tùra le père.
JOB, à genoux, les mains jointes, se tramant aux pieds de Guanhumara.
A ma misère Accorde une autre mort. Je t'en prie !
GUANHUMARA
Ah! maudit!
Je te priais aussi, je te l'ai déjà dit, A genoux, le sein nu, folle et désespérée. Te souviens-tu qu'enfin , me levant égarée , Je criai : — Je suis corse! — et je te menaçai? Alors, tout en jetant ta victime au fossé, Me repoussant du pied avec un rire étrange , Tu me dis : Venge-toi si tu peux ! -— Je me venge !
JOB, toujours à genoux.
Mon fils ne t'a rien fait! Grâce! Je pleure... Voi! Songe que je t'aimais! J'étais jaloux !
GUANHUMARA
Tais-toi!
Levant les yeux au ciel.
C'est une chose impie entre tant d'autres crimes Que le couple effrayant , perdu dans les abîmes, Qui parle en ce tombeau d'épouvante entouré, Ose encor prononcer, amour, ton nom sacré!
A Job.
Eh bien ! j'aimais aussi , moi , dont le cœur est vide î Hends-moi mon Donntol r(Mids-lc-moi . fratricide!