‹ Théâtre de Victor Hugo. 3e sérieChapitre 47 sur 208 · ACTE I, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE I

DON SÂLLUSTE.

Mais demain !

Demain on le saura ! —Nous serons en chemin ! Je ne veux pas lomber, non, je veux disparaître! Il déboutonne violemment son pourpoint.

— Tu m'agrafes toujours comme on agrafe un prêtre , Tu serres mon pourpoint, et j'étouffe, mon cher! —

Il s assied.

Oh! mais je vais construire, et sans en avoir l'air, Une sape profonde, obscure et souterraine!

— Chassé ! —

// se lève.

GUDIEL.

D'où vient le coup, monseigneur?

DON SALLUSTE

De la reine.

Oh ! je me vengerai , Gudiel ! tu m'entends. Toi dont je suis l'élève , et qui depuis vingt ans M'as aidé , m'as servi dans les choses passées , Tu sais bien jusqu'où vont dans l'ombre mes pensées. Comme un bon architecte aa coup d'œil exercé Connaît la profondeur du puits qu'il a creusé. Je pars. Je vais aller à Finlas, en Castille, Dans mes états , — et là songer ! - Pour une fdle ! — Toi , règle le départ , car nous sommes pressés. Moi, je vaîs dire un mot au drôle que tu sais. A tout hasard. Peut-il me servir? Je l'ignore. Ici jusqu'à ce soir je suis le maître encore. Je me vengerai, va! Comment? je ne sais pas; Mais je veux que ce soit effrayant! — De ce pas, Va faire nos apprêts, et hâte-toi. — Silence ! Tu pars avec moi. Va.

' Gudiel salue et sort.

DON SALLUSTE , appelant.

— Ruy Blas!

RUY BLAS, se présentant à la porte du fond. '

Votre excellence '^

S2 RU Y liLAS.

DON SALLISTE.

Comme je ne dois plus coucher dans le palais, Il faut laisser les clefs et clore les volets.

RLV BLAS, s' inclinant.

Monseigneur, il suffit.

DON SALLISTE.

Écoutez, je vous prie.

La reine va passer, là , dans la galerie , En allant de la messe à sa chambre d'honneur. Dans deux heures, Ruy Blas, soyez là.

Monseigneur, J'y serai.

DON SALLUSTE, à la fenêtre.

'Voyez-vous cet homme dans la place Qui montre aux gens de garde un papier, et qui passe;' Faites-lui, sans parler, signe qu'il peut monter. Par l'escalier étroit.

Ruy Blas obéit. Don Salluste continue en lui montrant la petite porte à droite.

— Avant de nous quitter, Dans cette chambre où sont les hommes de police, Voyez donc si les trois alguazils de service Sont éveillés.

// va à la porte , Venir ouvre et revient. Seigneur, ils dorment.

DON SALLUSTE

Parlez bas.

J'aurai besoin de vous, ne vous rloignez pas. Faites le guet afin que les fâcheux nous laissent

Entre don César de Bazan. Chapeau défoncé. Grande cape déguenillée qui ne laisse voir de sa toilette que des bas mal tirés et des souliers crevés. Epée de spadassin.

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