‹ Théâtre de Victor Hugo. 3e sérieChapitre 67 sur 208 · ACTE II, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE I

CASILDA.

Il rendait ses devoirs. — Rendons-nous pas les nôtres?

LA REINE

Sa lèvre n'était pas comme celle des autres. C'est la dernière fois que je l'ai vu'. Depuis J'y pense très-souvent. J'ai bien d'autres ennuis, C'est égal, je me dis : L'enfer est dans cette ame. Devant cet homme-là je ne suis qu'une femme. — Dans mes rêves, la nuit, je rencontre en chemin Cet effrayant démon qui me baise la main ; Je vois luire son œil d'où rayonne la haine; Et, comme un noir poison qui va do veine en veine, Souvent, jusqu'à mon cœur qui semble se glacer, Je sens en longs frissons courir son froid baiser ! Que dis-tu de cela?

CASILDA.

Purs fantômes , madame.

LA REINE

Au fait, j'ai des soucis bien plus réels dans l'ame.

A part.

Oh! ce qui me tourmente, il faut le leur cacher!

A Casilda.

Dis-moi, ces mendiants qui n'osaient approcher...

CASILDA, allant à la fenêtre.

Je sais, madame, ils sont encor là, dans la place.

LA REINE

Tiens, jette-leur ma bourse...

Casilda prend la bourse et va la jeter par la fenêtre.

Oh! madame, par grâce, Vous qui faites l'aumône avec tant de bonté, Montrant à la reine don Guritan, qui, debout et sile7îcieux au fond de la chambre, fixe mr la reine un (vH plein d'adoration muellc.

Ne jètterez-vous rien au comte d'Ouate?

Rien qu'un mot!— un vieux brave '.amoureux sous l'armure,

D'autant plus tendre au cœur que l'écorce est plus dure!

LA REINE

Il est bien ennuyeux!

CASILDA.

J'en conviens. —Parlez-lui!

LA REINE, se tournant vers don Guriian.

Bonjour, comte!

Don Guritan s approche avec trois révérences, et vient baiser en soupirant la main de la reine, qui le laisse faire d'un air i7idifférent et distrait. Puis il retourne à sa place , à côté du siège de la camerera maijor,

DON GURITAN, CH SB retirant, bas à Casilda.

La reine est charmante aujourd'hui !

CASILDA, le regardant s'éloigner.

Oh! le pauvre héron! près de l'eau qui le tente Il se tient. Il attrape, après un jour d'attente, Un bonjour, un bonsoir, souvent un mot bien sec, Et s'en va tout joyeux, cette pâture au bec.

LA REINE, arec xin sourire triste.

Tais-toi !

CASILDA.

Pour être heureux, il suffit qu'il vous voie! Voir la reine, pour lui cela veut dire : — joie!

S' extasiant sur une boite posée sur un guéridon.

Oh! la divine boîte!

LA REINE

Ahl j'en ai la clef là.

CASILDA.

Ce bois do calambour est exquis!

LA REINE, lui présentant la clef.

Ouvre-la.

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