‹ Théâtre de VoltaireChapitre 106 sur 339 · SCÈNE IL · texte numérisé non relu

SCÈNE IL

ELECTRE, IPHISE, PAMMÈNE.

I PH1SE

Hélas ! est-ce vous que je vois , Ma sœur?...

ELECTRE

Il est venu ce jour où l'on apprête Les détestables jeux de leur coupable fête. Electre leur esclave, Electre votre sœur, Vous annonce en leur nom leur horrible bonheur.

IPHISE.

Un destin moins affreux permet que je vous voie ; A ma douleur profonde il mêle un peu de joie; Et vos pleurs et les miens ensemble confondus...

ELECTRE

Des pleurs ! ah ! ma faiblesse en a trop répandus. Des pleurs ! ombre sacrée , ombre chère et sanglante, Est-ce là le tribut qu'il faut qu'on te présente ? C'est du sang que je dois, c'est du sang que tu veux: C'est parmi les apprêts de tes indignes jeux, Dans ce cruel triomphe où mon tyran m'entraîne , Que , ranimant ma force , et soulevant ma chaîne , Mon bras , mon faible bras osera l'égorger Au tombeau que sa rage ose encore outrager. Quoi ! j'ai vu Clytemnestre, avec lui conjurée,

Lever sur son époux sa main trop assurée? Et nous sur le tyran nous suspendons des coups Que ma mère à mes yeux porta sur son époux ! O douleur! 6 vengeance! 6 vertu qui m'animes, Pouvez-vousen ces lieux moins que n'ont pu les crimes? Nous seules désormais devons nous secourir : Craignez-vous de frapper? craignez-vous de mourir? Secondez de vos mains ma main désespérée; Fille de Clytemnestre, et rejeton d'Atrée, Venez.

I PHI SE

Ah! modérez ces transports impuissants; Commandez , chère Electre , au trouble de vos sens ; Contre nos ennemis nous n'avons que des larmes : Qui peut nous seconder? comment trouver des armes ? Comment frapper un roi de gardes entouré, Vigilant, soupçonneux, par le crime éclairé? Hélas ! à nos regrets n'ajoutons point de craintes; Tremblez que le tyran n'ait écoulé vos plaintes.

ÉLECTR E.

Je veux qu'il les écoute ; oui , je veux dans son cœur ^

Empoisonner sa joie, y porter ma douleur;

Que mes cris jusqu'au ciel puissent se faire entendre;

Qu'ils appellent la foudre, et la fassent descendre;

Qu'ils réveillent cent rois indignes de ce nom,

Qui n'ont osé venger le sang d'Agamemnon.

Je vous pardonne, hélas! cette douleur captive,

Ces faibles sentiments de votre ame craintive :

Il vous ménage au moins. De son indigne loi

Le joug appesanti n'est tombé que sur moi.

Vous n'êtes point esclave, et d'opprobres nourrie,

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