ACTE I, SCÈNE II
Vos yeux ne virent point ce parricide impie, Ces vêtements de mort, ces apprêts, ce festin; Ce festin détestable, où , le fer à la main, Clytemnestre... ma mère... ah! cette horrible image Est présente à mes yeux, présente à mon courage. C'est là, c'est en ces lieux, où vous n'osez pleurer, Où vos ressentiments n'osent se déclarer. Que j'ai vu votre père, attiré dans le piège 4, Se débattre et tomber sous leur main sacrilège. Pammène, aux derniers cris, aux sanglots de ton roi , Je crois te voir encore accourir avec moi ; J'arrive. Quel objet ! une femme en furie Recherchait dans son flanc les restes de sa vie. Tu vis mon cher Oreste enlevé dans mes bras , Entouré des dangers qu'il ne connaissait pas, Près du corps tout sanglant de son malheureux père; A. son secours encore il appelait sa mère. Clytemnestre, appuyant mes soins officieux, Sur ma tendre pitié daigna fermer les yeux; Et, s'arrêtant du moins au milieu de son crime, Nous laissa loin d'Egisthe emporter la victime. Oreste, dans ton sang consommant sa fureur, Égisthe a-t-il détruit l'objet de sa terreur? Es-tu vivant encore? as-tu suivi ton père? Je pleure Agamemnon; je tremble pour un frère. Mes mains portent des fers; et mes yeux, pleinsdepleurs. N'ont vu que des forfaits et des persécuteurs.
PAMMENE.
Filles d' Agamemnon, race divine et chère Dont j'ai vu la splendeur et l'horrible misère , Permettez que ma voix puisse encore en vous deux
l68 O RESTE.
Réveiller cet espoir qui reste aux malheureux. Avez-vous donc des dieux oublié les promesses? Avez-vous oublié que leurs mains vengeresses Doivent conduire Oreste en cet affreux séjour, Où sa sœur avec moi lui conserva le jour? Qu'il doit punir Egisthe au lieu même où vous êtes, Sur ce même tombeau , dans ces mêmes retraites, Dans ces jours de triomphe, où son lâche assassin Lnsulte encore au roi dont il perça le sein? La parole des dieux n'est point vaine et trompeuse; Leurs desseins sont couverts d'une nuit ténébreuse; La peine suit le crime: elle arrive a pas lents5.
ELECTRE
Dieux, qui la préparez, que vous tardez long-temps6 !