LA BARONNE, NANINE
Madame.
LA BARONNE
Mais est-elle donc si belle ?
Ces grands yeux noirs ne disent rien du tout ; Mais s'ils ont dit, J'aime... ah ! je suis à bout. Possédons-nous. Venez.
Je viens me rendre A mon devoir.
LA BARONNE
Vous vous faites attendre Un peu de temps; avancez-vous. Comment ! Comme elle est mise ! et quel ajustement ! Il n'est pas fait pour une créature De votre espèce.
Il est vrai. Je vous jure, Par mon respect, qu'en secret j'ai rougi Plus d'une fois d'être vêtue ainsi ; Mais c'est l'effet de vos bontés premières , De ces bontés qui me sont toujours chères.
De tant de soins vous daigniez m'honorer ! Vous vous plaisiez vous-même à me parer. Songez combien vous m'aviez protégée :
Sous cet habit je ne suis point changée. Voudriez-vous, madame, humilier Un cœur soumis, qui ne peut s'oublier?
LA BARONNE
Approchez-moi ce fauteuil... Ah ! j'enrage... D'où venez-vous ?
Je lisais.
LA BARONNE
Quel ouvrage ?
Un livre anglais dont on m'a fait présent.
LA BARONJNÈ.
Sur quel sujet?
Il est intéressant :
L'auteur prétend que les hommes sont frères , Nés tous égaux; mais ce sont des chimères : Je ne puis croire à cette égalité.
LA BARONNE
Elle y croira. Quel fonds de vanité !
Que l'on m'apporte ici mon écritoire...
J'y vais.
LA BARONNE
Restez. Que l'on me donne à boire.
Quoi ?