‹ Théâtre de VoltaireChapitre 11 sur 339 · LA BARONNE, NANINE · texte numérisé non relu

LA BARONNE, NANINE

Madame.

LA BARONNE

Mais est-elle donc si belle ?

Ces grands yeux noirs ne disent rien du tout ; Mais s'ils ont dit, J'aime... ah ! je suis à bout. Possédons-nous. Venez.

Je viens me rendre A mon devoir.

LA BARONNE

Vous vous faites attendre Un peu de temps; avancez-vous. Comment ! Comme elle est mise ! et quel ajustement ! Il n'est pas fait pour une créature De votre espèce.

Il est vrai. Je vous jure, Par mon respect, qu'en secret j'ai rougi Plus d'une fois d'être vêtue ainsi ; Mais c'est l'effet de vos bontés premières , De ces bontés qui me sont toujours chères.

De tant de soins vous daigniez m'honorer ! Vous vous plaisiez vous-même à me parer. Songez combien vous m'aviez protégée :

Sous cet habit je ne suis point changée. Voudriez-vous, madame, humilier Un cœur soumis, qui ne peut s'oublier?

LA BARONNE

Approchez-moi ce fauteuil... Ah ! j'enrage... D'où venez-vous ?

Je lisais.

LA BARONNE

Quel ouvrage ?

Un livre anglais dont on m'a fait présent.

LA BARONJNÈ.

Sur quel sujet?

Il est intéressant :

L'auteur prétend que les hommes sont frères , Nés tous égaux; mais ce sont des chimères : Je ne puis croire à cette égalité.

LA BARONNE

Elle y croira. Quel fonds de vanité !

Que l'on m'apporte ici mon écritoire...

J'y vais.

LA BARONNE

Restez. Que l'on me donne à boire.

Quoi ?

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