‹ Théâtre de VoltaireChapitre 111 sur 339 · ACTE 1 , SCÈNE III. I "] I · texte numérisé non relu

ACTE 1 , SCÈNE III. I "] I

Aux fers de mon tyran par vous-même livret?, D'Égisthe dans mon cœur je vous ai séparée7. Ce sang que je vous dois ne saurait se trahir : J'ai pleuré sur ma mère, et' n'ai pu vous haïr. Ah ! si le ciel enfin vous parle et vous éclaire, S'il vous donne en secret un remords salutaire, Ne le repoussez pas ; laissez-vous pénétrer A la secrète voix qui vous daigne inspirer ; Détachez vos destins des destins d'un perfide; Livrez-vous tout entière à ce dieu qui vous guide; Appelez votre fils ; qu'il revienne en ces lieux Reprendre de vos mains le rang de ses aïeux , Qu'il punisse un tyran, qu'il règne, qu'il vous aime, Qu'il venge Agamemnon , ses filles, et vous-même; Faites venir Oreste.

CLYTEMNESTRE

Electre, levez-vous; Ne parlez point d'Oreste, et craignez mon époux. J'ai plaint les fers honteux dont vous êtes chargée ; Mais d'un maître ahsolu la puissance outragée Ne pouvait épargner qui ne l'épargne pas : Et vous l'avez forcé d'appesantir son bras. Moi-même, qui me vois sa première sujette, Moi, qu'offensa toujours votre plainte indiscrète, Qui tant de fois pour vous ai voulu le fléchir, Je l'irritais encore au lieu de l'adoucir. N'imputez qu'à vous seule un affront qui m'outrage; Pliez à votre état ce superbe courage ; Apprenez d'une sœur comme il faut s'affliger, Comme on cède au destin, quand on veut le changer. Je voudrais dans le sein de ma famille entière

Finir un jour en paix ma fatale carrière; Mais, si vous vous hâtez, si vos soins imprudents Appellent en ces lieux Oreste avant le temps, Si d'Egisthe jamais il affronte la vue, Vous hasardez sa vie, et vous êtes perdue; Et, malgré la pitié dont mes sens sont atteints. Je dois à mon époux plus qu'au fils que je crains.

ELECTRE

Lui , votre époux , 6 ciel ! lui , ce monstre ? Ah ! ma mère, Est-ce ainsi qu'en effet vous plaignez ma misère? A quoi vous sert, hélas! ce remords passager? Ce sentiment si tendre était-il étranger? Vous menacez Electre, et votre fils lui-même!

( à Iphise. )

Ma sœur! et c'est ainsi qu'une mère nous aime?

( à Clytemnestre. )

Vous menacez Oreste!... Hélas! loin d'espérer Qu'un frère malheureux nous vienne délivrer, J'ignore si le ciel a conservé sa vie; J'ignore si ce maître ahominahle, impie, Votre époux, puisque ainsi vous l'osez appeler, Ne s'est pas en secret hâté de l'immoler.

IPHIS E

Madame, croyez-nous ; je jure, j'en atteste Les dieux dont nous sortons, et la mère d'Oreste, Que, loin de l'appeler dans ce séjour de mort, Nos yeux, nos tristes yeux sont fermés sur son sort. Ma mère , ayez pitié de vos filles tremhlantes , De ce fils malheureux, de ses sœurs gémissantes; N'affligez plus Electre : on peut à ses douleurs Pardonner le reproche, et permettre les pleurs.

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