‹ Théâtre de VoltaireChapitre 118 sur 339 · scene i · texte numérisé non relu

scene i

ORESTE, PYLADE

Pylade, où sommes-nous? en quels lieux t'a conduit Le malheur obstiné du destin qui me suit ? L'infortune d'Oreste environne ta vie.

Tout ce qu'a préparé ton amitié hardie, Trésors, armes, soldats, a péri dans les mers. Sans secours avec toi jeté dans ces déserts, Tu n'as plus qu'un ami dont le destin t'opprime. Le ciel nous ravit tout, hors l'espoir qui m'anime, A peine as-tu caché sous ces rocs escarpés Quelques tristes débris au naufrage échappés. Connais-tu ce rivage où mon malheur m'arrête?

PYLADE

J'ignore en quels climats nous jette la tempête ; Mais de notre destin pourquoi désespérer? Tu vis, il me suffit; tout doit me rassurer. Un dieu dans Epidaure a conservé ta vie , Que le barbare Egisthe a toujours poursuivie; Dans ton premier combat il a conduit tes mains, Plistène sous tes coups a fini ses destins. Marchons sous la faveur de ce dieu tutélaire, Qui t'a livré le fils, qui t'a promis le père 9.

Je n'ai contre un tyran sur le trône affermi , Dans ces lieux, inconnus, qu'Oreste et mon ami.

PYLADE

C'est assez; et du ciel je reconnais l'ouvrage. Il nous a tout ravi par ce cruel naufrage , Il veut seul accomplir ses augustes desseins; Pour ce grand sacrifice il ne veut que nos mains. Tantôt de trente rois il arme la vengeance, Tantôt trompant la terre, et frappant en silence. Il veut, en signalant son pouvoir oublié, N'armer que la nature et la seule amitié.

Avec un tel secours bannissons nos alarmes; Je n'aurai pas besoin de plus puissantes armes. As-tu dans ces rochers qui défendent ces bords , Où nous avons pris terre après de longs efforts , As-tu caché du moins ces cendres de Plistène, Ces dépôts, ces témoins de vengeance et de haine, Cette urne qui d'Egisthe a dû tromper les yeux?

PYLADE

Echappée au naufrage, elle est près de ces lieux. Mes mains avec cette urne ont caché cette épée, Qui dans le sang troyen fut autrefois trempée; Ce fer d'Agamemnon qui doit venger sa mort, Ce fer qu'on enleva, quand, par un coup du sort , Des mains des assassins ton enfance sauvée Fut, loin des yeux d'Egisthe, en Phocide élevée. L'anneau qui lui servait est encore en tes mains.

Comment des dieux vengeurs accomplir les desseins?

ACTK II, SCÈNE I. I 8 F

Comment porter encore aux mânes de mon père

(en montrant l'épée qu'il porte.)

Ce glaive qui frappa mon indigne adversaire? Mes pas étaient comptés par les ordres du ciel : Lui-même a tout détruit; un naufrage cruel Sur ces bords ignorés nous jette à l'aventure. Quel chemin peut conduire à cette cour impure, A ce séjour de crime où j'ai reçu le jour?

PYLA DE.

Regarde ce palais, ce temple, cette tour, Ce tombeau , ces cyprès, ce bois sombre et sauvage ; De deuil et de grandeur tout offre ici l'image. Mais un mortel s'avance en ces lieux retirés, Triste, levant au ciel des yeux désespérés; Il paraît dans cet âge où l'humaine prudence Sans doute a des malheurs la longue expérience: Sur ton malheureux sort il pourra s'attendrir.

o RESTE.

Il gémit : tout mortel est donc né pour souffrir IO!

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