‹ Théâtre de VoltaireChapitre 124 sur 339 · ACTE II, SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE V

Mais enfin c'est par vous qu'elle m'est annoncée. Cette mort à mes sens inspire moins d'effroi Que les horribles vœux qu'on exige de moi. Allez , de cet affront je vois trop bien la cause, Je vois quels nouveaux fers un lâche me propose. Vous n'avez plus de fils ; son assassin cruel Craint les droits de ses sœurs au trône paternel : Il veut forcer mes mains à seconder sa rage, Assurer à Plistène un sanglant héritage, Joindre un droit légitime aux droits des assassins, Et m'unir aux forfaits par ies nœuds les plus saints. Ah ! si j'ai quelques droits, s'il est vrai qu'il les craigne , Dans ce sang malheureux que sa main les éteigne; Qu'il achève, a vos yeux, de déchirer mon sein : Et, si ce n'est assez, prêtez-lui votre main. Frappez; joignez Electre à son malheureux frère; Frappez, dis-je : à vos coups je connaîtrai ma mère.

CLYTEM1VESTRE.

Ingrate, c'en est trop; et toute ma pitié Cède enfin, dans mon cœur, à ton inimitié. Que n'ai-je point tenté? que pouvais-je plus faire, Pour fléchir, pour briser ton cruel caractère? Tendresse, châtiments, retour de mes bontés, Tes reproches sanglants souvent même écoutés , Raison, menace, amour, tout, jusqu'à la couronne, Ou tu n'as d'autres droits que ceux que je te donne; J'ai prié, j'ai puni, j'ai pardonné sans fruit. Va, j'abandonne Electre au malheur qui la suit ; Va, je suis Clytemnestre, et surtout je suis reine. Le sang d'Agamemnon n'a de droit qu'à ma haine. C'est trop flatter la tienne, et, de ma faible main,

|()0 ORESTF.

Caresser le serpent qui déchire mon sein.

Pleure, tonne, gémis, j'y suis indifférente :

Je ne verrai dans toi qu'une esclave imprudente,

Flottant entre la plainte et la témérité,

Sous la puissante main de son maître irrité.

Je t'aimais l5 malgré toi : l'aveu m'en est bien triste;

Je ne suis plus pour toi que la femme d'Egisthe;

Je ne suis plus ta mère; et toi seule as rompu

Ces nœuds infortunés de ce cœur combattu,

Ces nœuds qu'en frémissant réclamait la nature,

Que ma fi lie. déteste, et qu'il faut que j'abjure.

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