CLYTEMNESTRE, ELECTRE
Ma fille, approchez-vous; et d'un œil moins austère Envisagez ces lieux , et surtout une mère. Je gémis en secret, comme vous soupirez, De l'avilissement où vos jours sont livrés; Quoiqu'il fût dû peut-être à votre injuste haine, Je m'en afflige en mère, et m'en indigne en reine. J'obtiens grâce pour vous; vos droits vous sont rendus.
ELECTRE
Ah, madame! à vos pieds...
CLYTEMNESTRE
Je veux faire encor plus,
ELECTRE
Eh ! quoi ?
CLYTEMNESTRE
De votre sang soutenir l'origine, Du grand nom de Pélops réparer la ruine, Réunir ses enfants trop long-temps divisés.
ELECTRE
Ah! parlez-vous d'Oreste? achevez, disposez.
CLYTEMNESTRE
Je parle de vous-même, et votre ame obstinée A son propre intérêt doit être ramenée. De tant d'abaissement c'est peu de vous tirer : Electre, au trône un jour il vous faut aspirer. Vous pouvez, si ce cœur connaît le vrai courage, De Mycène et d'Argos espérer l'héritage: C'est à vous de passer, des fers que vous portez, A ce suprême rang des rois dont vous sortez. D'Egisthe contre vous j'ai su fléchir la haine ; Il veut vous voir en fille, il vous donne Plistène. Plistène est d'Epidaure attendu chaque jour. Votre hymen est fixé pour son heureux retour. D'un brillant avenir goûtez déjà la gloire; Le passé n'est plus rien, perdez-en la mémoire.
ELECTRE
A quel oubli, grands dieux! ose-t-on m'inviter ? Quel horrible avenir m'ose-t-on présenter ? O sort ! 6 derniers coups tombés sur ma famille ! Songez-vous au héros dont Electre est la fille, Madame? osez- vous bien, par un crime nouveau, Abandonner Electre au fils de son bourreau? Le sang d'Agamemnon! qui? moi, la sœur d'Oreste! Electre au fils d'Egisthe, au neveu deThyeste! Ah! rendez-moi mes fers; rendez-moi tout l'affront Dont la main des tyrans a fait rougir mon front ; Rendez-moi les horreurs de cette servitude, Dont j'ai fait une épreuve et si longue et si rude. L'opprobre est mon partage; il convient à mon sort. J'ai supporté la honte, et vu de près la mort. Votre Egisthe cent fois m'en avait menacée;