SCÈNE VIL
ELECTRE, 1PHISE.
Chère Electre, apaisez ces cris de la douleur.
ELECTRE
Moi!
I PHI SE
Partagez ma joie.
Au comble du malheur, Quelle funeste joie à nos cœurs étrangère!
IPHISE.
Espérons.
ELECTRE
Non, pleurez; si j'en crois une mère, Oreste est mort, Iphise.
i p II i s e .
Ah ! si j'en crois mes yeux l6, Oreste vit encore, Oreste est en ces lieux.
ELECTRE
Grands dieux ! Oreste! lui? serait-il bien possible? Ah! gardez d'abuser une ame trop sensible. Oreste, dites-vous?
IPHISE.
Oui.
D'un songe flatteur Ne me présentez pas la dangereuse erreur. Oreste ! poursuivez; je succombe à l'atteinte Des mouvements confus d'espérance et de crainte.
IPHISE.
Ma sœur, deux inconnus, qu'à travers mille morts La main d'un dieu, sans doute, a jetés sur ces bords, Recueillis par les soins du fidèle Pammène... L'un des deux...
Je me meurs, et me soutiens à peine.
L'un des deux?...
IPHISE.
Je l'ai vu; quel feu brille en ses veux! Il avait l'air, le port, le front, des demi-dieux, Tel qu'on peint le héros qui triompha de Troie; La même majesté sur son front se déploie. À mes avides yeux soigneux de s'arracher, Chez Pammène, en secret, il semble se cacher. Interdite, et le cœur tout plein de son image, J'ai couru vous chercher sur ce triste rivage, Sous ces sombres cyprès , dans ce temple éloigné , Enfin vers ce tombeau de nos larmes baigné. Je l'ai vu, ce tombeau, couronné de guirlandes1", De l'eau sainte arrosé, couvert encor d'offrandes; Des cheveux , si mes yeux ne se sont pas trompés , Tels que ceux du héros dont mes sens sont frappés; Une épée , et c'est là ma plus ferme espérance ï8 ;