ACTE II, SCÈNE vu. iq
C'est le signe éclatant du jour de la vengeance : Et quel autre qu'un fils , qu'un frère, qu'un héros, Suscité par les dieux pour le salut d'Argos , Aurait osé braver ce tyran redoutable?
C'est Oreste , sans doute ; il en est seul capable ; C'est lui, le ciel l'envoie; il m'en daigne avertir. C'est l'éclair qui paraît , la foudre va partir.
ELECTRE
Je vous crois; j'attends tout; mais n'est-ce point un piège Que tend de mon tyran la fourbe sacrilège? Allons : de mon bonheur il me faut assurer. Ces étrangers... Courons; mon cœur va m'éclairer.
IPHISE.
Pammène m'avertit, Pammène nous conjure De ne point approcher de sa retraite obscure. Il y va de ses jours.
Ah ! que m'avez-vous dit ?
Non; vous êtes trompée, et le ciel nous trahit. Mon frère , après seize ans , rendu dans sa patrie. Eût volé dans les bras qui sauvèrent sa vie; Il eût porté la joie à ce cœur désolé ; Loin de vous fuir, Iphise , il vous aurait parlé. Ce fer vous rassurait , et j'en suis alarmée. Une mère cruelle est trop bien informée. J'ai cru voir, et j'ai vu dans ses yeux interdits Le barbare plaisir d'avoir perdu son fils. N'importe, je conserve un reste d'espérance: Ne m'abandonnez pas, 6 dieux de la vengeance ! Pammène à mes transports pourra-t~il résister? Il faut qu'il parle : allons, rien ne peut m'arrêter.
Théâtre. V, i3
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