ACTE IV, SCENE V. 2IQ
Qu'importe des remords à mon juste courroux?
(Elle avauce vers Oreste.)
Frappons... Meurs, malheureux!
ORESTE, lui saisissant le bras.
Justes dieux! est-ce vous, Chère Electre?
ÉLECTR E,
Qu'en tends-je?
Hélas! qu'alliez-vous faire?
ELECTRE
J'allais verser ton sang ; j'allais venger mon frère.
ORESTE, la regardant avec attendrissement.
Le venger! et sur qui?
ELECTRE
Son aspect, ses accents, Ont fait trembler mon bras, ont fait frémir mes sens. Quoi ! c'est vous dont je suis l'esclave malheureuse!
C'est moi qui suis à vous.
ÉLEC TRE.
O vengeance trompeuse !
D'où vient qu'en vous parlant tout mon cœur est changé?
Sœur d'Oreste...
ELECTRE
Achevez.
Où me suis-je engagé ?
ELECTRE
Ah! ne me trompez plus, parlez; il faut m'apprendre L'excès du crime affreux que j'allais entreprendre.
Par pitié, répondez, éclairez-moi, parlez.
o RESTE.
Je ne puis... fuyez-moi.
Qui? moi vous fuir!
Tremblez.
ELECTRE
Pourquoi?
Je suis... Cessez. Gardez qu'on ne vous voie.
ELECTRE
Ah ! vous me remplissez de terreur et de joie!
Si vous aimez un frère...
ELECTRE
Oui, je l'aime; oui, je crois Voir les traits de mon père, entendre encor sa voix; La nature nous parle , et perce ce mystère ; Ne lui résistez pas : oui, vous êtes mon frère, Vous l'êtes, je vous vois, je vous embrasse; hélas! Cher Oreste, et ta sœur a voulu ton trépas!
O R É S T E , en l'embrassant.
Le ciel menace en vain, la nature l'emporte; Un dieu me retenait; mais Electre est plus forte.
ELECTRE
Il t'a rendu ta sœur, et tu crains son courroux !
Ses ordres menaçants me dérobaient à vous.
Est-il barbare assez pour punir ma faiblesse?