‹ Théâtre de VoltaireChapitre 15 sur 339 · SCÈNE VIL · texte numérisé non relu

SCÈNE VIL

LE COMTE, NANINE, un laquais.

LE COMTE

Holà ! quelqu'un ! qu'on reste à cette porte. Des sièges, vite.

( Il fait la révérence à Nanine, qui lui en fait une profonde.)

Asseyons-nous ici.

Qui? moi, monsieur?

3o NANINE.

LE COMTE

Oui, je le veux ainsi; Et je vous rends ce que votre conduite, Votre beauté, votre vertu mérite.

Un diamant trouvé dans un désert Est-il moins beau, moins précieux, moins cher? Quoi! vos beaux yeux semblent mouillés de larmes ! Ali! je le vois, jalouse de vos charmes, Notre baronne aura, par ses aigreurs, Par son courroux , fait répandre vos pleurs.

N A NI NE

Non, monsieur, non; sa bonté respectable Jamais pour moi ne fut si favorable; Et j'avouerai qu'ici tout m'attendrit.

LE COMTE

Vous me charmez : je craignais son dépit.

N AN ÏNE.

Hélas! pourquoi?

LE COMTE

Jeune et belle Nanine , La jalousie en tous les cœurs domine : L'homme est jaloux dès qu'il peut s'enflammer ; La femme l'est, même avant que d'aimer. Un jeune objet, beau, doux, discret, sincère, A tout son sexe est bien sûr de déplaire. L'homme est plus juste; et d'un sexe jaloux Nous nous vengeons autant qu'il est en nous. Croyez surtout que je vous rends justice. J'aime ce cœur qui n'a point d'artifice; J'admire encore à quel point vous avez Développé vos talents cultivés.

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