ACTE IV, SCÈNE VITf. 2îl
CLYTEMNESTRE
Voulez-vous me braver ?
Ou bien ignorez-vous qu'une main ennemie Du malheureux Plistène a terminé la vie?
ELECTRE
Quoi donc ! le ciel est juste ! Egisthe perd un fils ?
CLYTEMNKSTRE.
De joie à ce discours je vois vos sens saisis!
ELECTRE
Ah! dans le désespoir où mon ame se noie,
Mon cœur ne peut goûter une funeste joie;
Non, je n'insulte point au sort d'un malheureux,
Et le sang innocent n'est pas ce que je veux.
Sauvez ces étrangers ; mon ame intimidée
Ne voit point d'autre objet, et n'a point d'autre idée.
Va, je t'entends trop bien; tu m'as trop confirmé Les soupçons dont Egisthe était tant alarmé. Ta bouche est de mon sort l'interprète funeste; Tu n'en as que trop dit, l'un des deux est Oreste.
ELECTRE
Eh bien! s'il était vrai, si le ciel l'eût permis... Si dans vos mains , madame , il mettait votre fils...
CLYTEMNESTRE
O moment redouté ! que faut-il que je fasse ?
ELECTRE
Quoi! vous hésiteriez à demander sa grâce! Lui! votre fils! 6 ciel!... quoi! ses périls passés... Il est mort; c'en est fait, puisque vous balancez.
CLYTEMNESTRE
Je ne balance point : va, ta fureur nouvelle
Théâtre. V. i5
llij . OR ESTE.
Ne peut même affaiblir ma honte maternelle; Je le prends sous ma garde : il pourra m'en punir... Son nom seul me prépare un cruel avenir... N'importe... Je suis mère, il suffît; inhumaine, J'aime encor mes enfants... tu peux garder ta haine.
ELECTRE
Non, madame, à jamais je suis a vos genoux. Ciel, enfin tes faveurs égalent ton courroux: Tu veux changer les cœurs, tu veux sauver mon frère, Et, pour comble de biens, tu m'as rendu ma mère.
FIN DU QUATRIÈME ACTE