‹ Théâtre de VoltaireChapitre 156 sur 339 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

ÉGISTHE, CLYTEMNESTRE, ÉLEGTRE,

IPHISE, GARDES.

ÉGISTHE

Qu'on saisisse Pammène, et qu'il soit confronté Avec ces étrangers destinés au supplice; Il est leur confident, leur ami, leur complice. Dans quel piège effroyable ils allaient me jeter! L'un des deux est Oreste, en pouvez-vous douter?

(à Clytemnestre.)

Cessez de vous tromper, cessez de le défendre. Je vois tout, et trop bien. Cette urne, cette cendre, C'est celle de mon fils ; un père gémissant Tient de son assassin cet horrible présent.

CLYTEMNESTRE

Croyez- vous...

SèJo ORESTE.

ÉGISTHE

Oui, j'en crois cette haine jurée Entre tous les enfants de Tliyeste et d'Atrée; J'en crois le temps, les lieux marqués par cette mor^ Et ma soif de venger son déplorable sort, Et les fureurs d'Electre, et les larmes d'Iphise, Et l'indigne pitié dont votre ame est surprise. Oreste vit encore, et j'ai perdu mon fils! Le détestable Oreste en mes mains est remis; Et, quel qu'il soit des deux, juste dans ma colère, Je l'immole à mon fils, je l'immole à sa mère.

Eh bien I ce sacrifice est horrible à mes yeux*

ÉGISTHE

A vous?

CLYTEMNESTRE

Assez de sang a coulé dans ces lieux.

Je prétends mettre un terme au cours des homicides, A la fatalité du sang des Pélopides.

Si mon fils, après tout, n'est pas entre vos mains, Pourquoi verser du sang sur des bruits incertains? Pourquoi vouloir sans fruit la mort de l'innocence? Seigneur, si c'est mon fils, j'embrasse sa défense. Oui, j'obtiendrai sa grâce, en dussé-je périr.

ÉGISTHE

Je dois la refuser, afin de vous servir. Redoutez la pitié qu'en votre ame on excite. Tout ce qui vous fléchit me révolte et m'irrite. L'un des deux est Oreste, et tous deux vont périr. Je ne puis balancer, je n'ai point à choisir. À moi, soldats.

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