‹ Théâtre de VoltaireChapitre 164 sur 339 · ACTE V, SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE VIII

Elle défend Egisthe... elle de qui le bras

A sur Agamemnon... Dieux, ne le souffrez pas !

PAMMÈNE.

On dit que dans ce trouble on voit les Euménides Sourdes à la prière , et de meurtres avides , Ministres des arrêts prononcés par le sort , Marcher autour d'Oreste, en appelant la mort".

J PHI SE

Jour terrible et sanglant, soyez un jour de grâce; Terminez les malheurs attachés à ma race.

a Quoique cette catastrophe , imitée de Sophocle , soit , sans aucune comparaison, beaucoup plus théâtrale et plus tragique que l'autre manière dont on a joué la fin de la pièce , cependant j'ai été obligé de préférer sur le théâtre cette seconde leçon , toute faible qu'elle est , à la première. Rien n'est plus aisé et plus commun parmi nous que de jeter du ridicule sur une action théâtrale à laquelle on n'est pas accoutumé. Les cris de Clytemnestre, qui fesaient frémir les Athéniens , auraient pu, sur un théâtre mal construit , et confusément rempli de jeunes gens, faire rire des Français; et c'est ce que prétendait une cabale un peu violente. Cette action théâtrale a fait beaucoup d'effet à Versailles, pareeque la scène, quoique trop étroite, était libre, et que le fond , plus rapproché, laissait entendre Clytemnestre avec plus de terreur, et; rendait sa mort plus présente; mais je doute que l'exécution eut pu réussir à Paris.

Voici donc la manière dont on a gâté la lin de la pièce de Sophocle :

On dit que dans ce trouble on voit les Euménides, Sourdes à la prière, et de vengeance avides, Ministres des arrêts prononcés par le sort , Marcher autour d'Oreste en appelant la mort.

Tl'HlStf.

Il vient : il est vengé; je le vois.

Électhe.

Cher Oreste , Je peux vous embrasser. Dieux ! quel accueil funeste , Quels regards effrayants!

O terre, entr'ouvre-toi :

Clytemnestre, Tantale, Atrée , attendez-moi: Je vous suis aux enfers, éternelles victimes , etc.

ll\0 ORESTE.

Ah , ma sœur ! ah , Pylade ! entendez-vous ce£ cris ?

ELECTRE

C'est ma mère!

P A M ME NE

Elle-même.

CLYTEMNESTRE, derrière la scène.

Arrête !

IPH ISE.

Cielï

CLYTEMNESTRE, derrière la scène.

Mon fils!

V ELECTRE

Il frappe Egisthe. Achève, et sois inexorable; Venge-nous, venge-la; tranche un nœud si coupable Immole entre ses bras cet infâme assassin ; Frappe, dis-je.

CLYTEMNESTRE

Mon fils !... j'expire de ta main.

O destinée!

IPHISE.

O crime !

ELECTRE

Ah! trop malheureux frère!

Quel forfait a puni les forfaits de ma mère ! Jour à jamais affreux !

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