‹ Théâtre de VoltaireChapitre 193 sur 339 · SCÈNE I · texte numérisé non relu

SCÈNE I

CATILINA, GÉTHÉGUS.

CÉTHÉGUS20

Tandis que tout s'apprête , et que ta main hardie Va de Rome et du monde allumer l'incendie, Tandis que ton armée approche de ces lieux, Sais-tu ce qui se passe en ces murs odieux ?

Je sais que d'un consul la sombre défiance Se livre à des terreurs qu'il appelle prudence; Sur le vaisseau public ce pilote égaré Présente à tous les vents un flanc mal assuré ; Il s'agite au hasard, à l'orage il s'apprête, Sans savoir seulement d'où viendra la tempête. Ne crains rien du sénat : ce corps faible et jaloux Avec joie en secret l'abandonne à nos coups. Ce sénat divisé, ce monstre à tant de têtes, Si fier de sa noblesse, et plus de ses conquêtes, Voit avec les transports de l'indignation Les souverains des rois respecter Cicéron. César n'est point à lui, Crassus le sacrifie. J'attends tout de ma main , j'attends tout de l'envie. C'est un homme expirant qu'on voit d'un faible efforî Se débattre et tomber dans les bras de la mort.

Théâtre. V. 21

CÉTHÉGUS

Il a des envieux, mais il parle, il entraîne; [1 réveille la gloire, il subjugue la haine; Il domine au sénat.

CATI LINA

Je le brave en tous lieux; J'entends avec mépris ses cris injurieux: Qu'il déclame à son gré jusqu'à sa dernière heure; Qu'il triomphe en parlant, qu'on l'admire, et qu'il meure. De plus cruels soucis, des chagrins plus pressants, Occupent mon courage , et régnent sur mes sens.

CÉTHÉGUS

Que dis-tu ? qui t'arrête en ta noble carrière? Quand l'adresse et la force ont ouvert la barrière, Que crains-tu ?

c ATI LINA.

Ce n'est pas mes nombreux ennemis; Mon parti seul m 'alarme, et je crains mes amis. De Lentulus-Sura l'ambition jalouse, Le grand cœur de César, et surtout mon épouse.

CÉTHÉGUS

Ton épouse? tu crains une femme et des pleurs? Laisse-lui ses remords, laisse-lui ses terreurs; Tu l'aimes, mais en maître, et son amour docile Est de tes grands desseins un instrument utile.

CAT1LINA

Je vois qu'il peut enfin devenir dangereux. Rome, un époux, un fils, partagent trop ses vœux. O Rome ! 6 nom fatal ! 6 liberté chérie î Quoi ! dans ma maison même on parle de patrie ! Je veux qu'avant le temps fixé pour le combat,

ACTK 11

SCÈJNii 1. '5'2 3

Tandis que nous allons éblouir le sénat, Ma femme, avec mon fils, de ces lieux enlevée, Abandonne une ville aux flammes réservée, Qu'elle parte, en un mot. Nos femmes, nos enfants, Ne doivent point troubler ces terribles moments. Mais César !

CÉTHÉGUS

Que veux-tu? Si par ton artifice Tu ne peux réussir à t'en faire un complice , Dans le rang des proscrits faut-il placer son nom ? Faut-il confondre enfin César et Cicéron?

CATIL1NA

C'est là ce qui m'occupe, et s'il faut qu'il périsse, Je me sens étonné de ce grand sacrifice. Il semble qu'en secret, respectant son destin, Je révère dans lui Phoiineur du nom romain. Mais Sura viendra-t-il ?

CÉTHÉGUS

Compte sur son audace ; Tu sais comme, ébloui des grandeurs de sa race, A partager ton règne il se croit destiné.

C AT IL IN A

Qu'à cet espoir trompeur il reste abandonné21. Tu vois avec quel art il faut que je ménage L'orgueil présomptueux de cet esprit sauvage, Ses chagrins inquiets, ses soupçons, son courroux. Sais-tu que de César il ose être jaloux ? Enfin j'ai des amis moins aisés à conduire Que Rome et Cicéron ne coûtent à détruire. O d'un chef de parti dur et pénible emploi !

ai.

?>ll\ ROME SAUVÉE.

CÉTHÉGUS

Le soupçonneux Sura s'avance ici vers toi.

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