ACTE I, SCÈNE VII. 3ig
Quand je vois dans ce temple, aux vertus élevé, L'infâme trahison marcher le front levé? Croit-on que Mallius, cet indigne rebelle, Ce tribun des soldats, subalterne infidèle, De la guerre civile arborât l'étendard; Qu'il osât s'avancer vers ce sacré rempart, Qu'il eût pu fomenter ces ligues menaçantes, S'il n'était soutenu par des mains plus puissantes, Si quelque rejeton de nos derniers tyrans N'allumait en secret des feux plus dévorants? Les premiers du sénat nous trahissent peut-être; Des cendres de Sylla les tyrans vont renaître. César fut le premier que mon cœur soupçonna. Oui , j'accuse César.
CICÉRON
Et moi, Catilina1^.
De brigues, de complots, de nouveautés avide, Vaste dans ses projets, impétueux, perfide, Plus que César encor je le crois dangereux, Beaucoup plus téméraire, et bien moins généreux, Je viens de lui parler; j'ai vu sur son visage, J'ai vu dans ses discours son audace et sa rage, Et la sombre hauteur d'un esprit affermi, Qui se lasse de feindre, et parle en ennemi. De ses obscurs complots je cherche les complices. Tous ses crimes passés sont mes premiers indices. J'en préviendrai la suite,
CATON
Il a beaucoup d'amis; Je crains pour les Romains des tyrans réunis. L'armée est en Asie, et le crime est dans Rome;
3lO ROME SAUVÉE.
Mais pour sauver l'état il suffit d'un grand homme.
CICÉRON
Si nous sommes unis, il suffit de nous deux.
La discorde est bientôt parmi les factieux.
César peut conjurer, mais je connais son ame;
Je sais quel noble orgueil le domine et l'enflamme.
Son cœur ambitieux ne peut être abattu
Jusqu'à servir en lâche un tyran sans vertu.
Il aime Rome encore, il ne veut point de maître;
Mais je prévois trop bien qu'un jour il voudra l'être.
Tous deux jaloux de plaire , et plus de commander,
Ils sont montés trop haut pour jamais s'accorder.
Par leur désunion Rome sera sauvée.
Allons, n'attendons pas que, de sang abreuvée,
Elle tende vers nous ses languissantes mains,
Et qu'on donne des fers aux maîtres des humains.
FIN DU PREMIER ACTE