‹ Théâtre de VoltaireChapitre 198 sur 339 · ACTE M, SCKNK III. 3>iC · texte numérisé non relu

ACTE M, SCKNK III. 3>iC

Sylla nous a réduits à la captivité :

Mais, s'il ravit l'empire, il l'avait mérité;

Il soumit l'H-ellespont, il fît trembler l'Eupbrate,

Il subjugua l'Asie, il vainquit Mitbridate.

Qu'as-tu fait ? quels états, quels fleuves , quelles mers,

Quels rois par toi vaincus ont adoré nos fers u3 ?

Tu peux, avec le temps, être un jour un grand homme;

Mais tu n'as pas acquis le droit d'asservir Rome :

Et mon nom, ma grandeur, et mon autorité,

N'ont point encor l'éclat et la maturité,

Le poids qu'exigerait une telle entreprise.

Je vois que tôt ou tard Rome sera soumise.

J'ignore mon destin; mais si j'étais un jour

Forcé par les Romains de régner à mon tour,

Avant que d'obtenir une telle victoire,

J'étendrai, si je puis, leur empire et leur gloire;

Je serai digne d'eux, et je veux que leurs fers,

D'eux-mêmes respectés , de lauriers soient couverts.

CATILINA

Le moyen que je t'offre est plus aisé peut-être. Qu'était donc ce Sylla qui s'est fait notre maître ? Il avait une armée, et j'en forme aujourd'hui; Il m'a fallu créer ce qui s'offrait à lui; Il profita des temps, et moi je les fais naître. Je ne dis plus qu'un mot : il fut roi; veux-tu l'être? Veux-tu de Cicéron subir ici la loi , Vivre son courtisan , ou régner avec moi ?

CÉSAR. '

Je ne veux l'un ni l'autre : il n'est pas temps de feindre. J'estime Cicéron, sans l'aimer ni le craindre. Je t'aime, je l'avoue, et je ne te crains pas.

Divise le sénat, abaisse des ingrats, Tu le peux, j'y consens; niais si ton ame aspire Jusqu'à m'oser soumettre à ton nouvel empire, Ce cœur sera fidèle à tes secrets desseins, Et ce bras combattra l'ennemi des Romains.

(Il sort.)

Page 1