‹ Théâtre de VoltaireChapitre 21 sur 339 · LE COMTE, MARIN · texte numérisé non relu

LE COMTE, MARIN

LE COMTE

Ah ! cette nuit est une année entière!

Que le sommeil est loin de ma paupière !

Tout dort ici ; Nanine dort en paix ;

Un doux repos rafraîchit ses attraits :

Et moi, je vais, je cours, je veux écrire,

Je n'écris rien ; vainement je veux lire ,

Mon œil troublé voit les mots sans les voir,

Et mon esprit ne les peut concevoir ;

Dans chaque mot le seul nom de Nanine

Est imprimé par une main divine.

Holà ! quelqu'un ! qu'on vienne» Quoi ! mes gens

Sont-ils pas las de dormir si long-temps?

Germon ! Marin !

MARIN, derrière le théâtre.

J'accours.

LE COMTE

Quelle paresse !

Eh ! venez vite; il fait jour ; le temps presse : Arrivez donc.

MARIN

Eh ! monsieur, quel lutin

38 JVAW1JVE.

Vous a sans nous éveillé si matin?

LE COMTE

L'amour.

MARIN

Oh ! oh ! la baronne de l'Orme Ne permet pas qu'en ce logis on dorme. Qu'ordonnez-vous ?

LE COMTE

Je veux, mon cher Marin , Je veux avoir, au plus tard pour demain, Six chevaux neufs, un nouvel équipage, Femme de chambre adroite, bonne, et sage; Valet de chambre avec deux grands laquais, Point libertins, qui soient jeunes, bien faits; Des diamants, des boucles des plus belles, Des bijoux d'or, des étoffes nouvelles.

Pars dans l'instant, cours en poste à Paris; Crève tous les chevaux.

MARIN

Vous voilà pris.

J'entends, j'entends ; madame la baronne Est la maîtresse aujourd'hui qu'on nous donne; Vous l'épousez ?

LE COMTE

Quel que soit mon projet.

Vole et reviens.

MARIN

Vous serez satisfait.

' \CTE II, SCÈNE II. 3o,

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