LE COMTE, MARIN
LE COMTE
Ah ! cette nuit est une année entière!
Que le sommeil est loin de ma paupière !
Tout dort ici ; Nanine dort en paix ;
Un doux repos rafraîchit ses attraits :
Et moi, je vais, je cours, je veux écrire,
Je n'écris rien ; vainement je veux lire ,
Mon œil troublé voit les mots sans les voir,
Et mon esprit ne les peut concevoir ;
Dans chaque mot le seul nom de Nanine
Est imprimé par une main divine.
Holà ! quelqu'un ! qu'on vienne» Quoi ! mes gens
Sont-ils pas las de dormir si long-temps?
Germon ! Marin !
MARIN, derrière le théâtre.
J'accours.
LE COMTE
Quelle paresse !
Eh ! venez vite; il fait jour ; le temps presse : Arrivez donc.
MARIN
Eh ! monsieur, quel lutin
38 JVAW1JVE.
Vous a sans nous éveillé si matin?
LE COMTE
L'amour.
MARIN
Oh ! oh ! la baronne de l'Orme Ne permet pas qu'en ce logis on dorme. Qu'ordonnez-vous ?
LE COMTE
Je veux, mon cher Marin , Je veux avoir, au plus tard pour demain, Six chevaux neufs, un nouvel équipage, Femme de chambre adroite, bonne, et sage; Valet de chambre avec deux grands laquais, Point libertins, qui soient jeunes, bien faits; Des diamants, des boucles des plus belles, Des bijoux d'or, des étoffes nouvelles.
Pars dans l'instant, cours en poste à Paris; Crève tous les chevaux.
MARIN
Vous voilà pris.
J'entends, j'entends ; madame la baronne Est la maîtresse aujourd'hui qu'on nous donne; Vous l'épousez ?
LE COMTE
Quel que soit mon projet.
Vole et reviens.
MARIN
Vous serez satisfait.
' \CTE II, SCÈNE II. 3o,