‹ Théâtre de VoltaireChapitre 22 sur 339 · SCÈNE IL · texte numérisé non relu

SCÈNE IL

LE COMTE, GERMON

LE COMTE

Quoi ! j'aurai donc cette douceur extrême

De rendre heureux, d'honorer ce que j'aime !

Notre baronne avec fureur criera ;

Très volontiers, et tant qu'elle voudra.

Les vains discours, le monde, la baronne,

Rien ne m'émeut, et je ne crains personne;

Aux préjugés c'est trop être soumis :

Il faut les vaincre, ils sont nos ennemis ;

Et ceux qui font les esprits raisonnables,

Plus vertueux, sont les seuls respectables.

Eh ! mais... quel bruit entends-je dans ma cour?

C'est un carrosse. Oui... mais... au point du jour

Qui peut venir?... C'est ma mère , peut-être.

Germon....

GERMON, arrivant.

Monsieur.

LE COMTE

Vois ce que ce peut être.

GERMON

C'est un carrosse.

LE COMTE

Eh qui ? par quel hasard ?

Qui vient ici ?

GERMON

L'on ne vient point ; l'on part.

LE COMTE

Comment ! on part ?

4g nanine.

GERMON

Madame la baronne Sort tout-à-1'heure.

LE COMTE

Oh ! je le lui pardonne ; Que pour jamais puisse-t-elle sortir !

Avee Nanine elle est prête à partir.

LE COMTE

Ciel ! que dis-tu ? Nanine?

GERMON

La suivante Le dit tout haut.

LE COMTE

Quoi donc?

GERMON

Votre parente Part avec elle ; elle va , ce matin, Mettre Nanine à ce couvent voisin.

LE COMTE

Courons, volons. Mais quoi ! que vais-je faire? Pour leur parler je suis trop en colère : N'importe : allons. Quand je devrais... mais non : On verrait trop toute ma passion.

Qu'on ferme tout, qu'on vole, qu'on l'arrête; Répondez-moi d'elle sur votre tête:

Amenez-moi Nanine.

( Germon sort. )

Ah ! juste ciel !

On l'enlevait. Quel jour ! quel coup mortel! Qu'ai-je donc fait ? pourquoi ? par quel caprice?

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