SCÈNE IL
LE COMTE, GERMON
LE COMTE
Quoi ! j'aurai donc cette douceur extrême
De rendre heureux, d'honorer ce que j'aime !
Notre baronne avec fureur criera ;
Très volontiers, et tant qu'elle voudra.
Les vains discours, le monde, la baronne,
Rien ne m'émeut, et je ne crains personne;
Aux préjugés c'est trop être soumis :
Il faut les vaincre, ils sont nos ennemis ;
Et ceux qui font les esprits raisonnables,
Plus vertueux, sont les seuls respectables.
Eh ! mais... quel bruit entends-je dans ma cour?
C'est un carrosse. Oui... mais... au point du jour
Qui peut venir?... C'est ma mère , peut-être.
Germon....
GERMON, arrivant.
Monsieur.
LE COMTE
Vois ce que ce peut être.
GERMON
C'est un carrosse.
LE COMTE
Eh qui ? par quel hasard ?
Qui vient ici ?
GERMON
L'on ne vient point ; l'on part.
LE COMTE
Comment ! on part ?
4g nanine.
GERMON
Madame la baronne Sort tout-à-1'heure.
LE COMTE
Oh ! je le lui pardonne ; Que pour jamais puisse-t-elle sortir !
Avee Nanine elle est prête à partir.
LE COMTE
Ciel ! que dis-tu ? Nanine?
GERMON
La suivante Le dit tout haut.
LE COMTE
Quoi donc?
GERMON
Votre parente Part avec elle ; elle va , ce matin, Mettre Nanine à ce couvent voisin.
LE COMTE
Courons, volons. Mais quoi ! que vais-je faire? Pour leur parler je suis trop en colère : N'importe : allons. Quand je devrais... mais non : On verrait trop toute ma passion.
Qu'on ferme tout, qu'on vole, qu'on l'arrête; Répondez-moi d'elle sur votre tête:
Amenez-moi Nanine.
( Germon sort. )
Ah ! juste ciel !
On l'enlevait. Quel jour ! quel coup mortel! Qu'ai-je donc fait ? pourquoi ? par quel caprice?