ACTE IV , SCÈNE II
Le crime est sur leur front, qu'irrite ma présence. Déjà la trahison marche avec arrogance.
Le sénat qui la voit cherche à dissimuler. Le démon de Svlla semble nous aveugler. L'aine de ce tyran dans le sénat respire.
CÉTHÉGUS
Je vous entends assez, Caton; qu'osez-vous dire?
CATON, en s'asseyant , tandis que les autres prennent place.
Que les dieux du sénat , les dieux de Scipion , Qui contre toi, peut-être, ont inspiré Caton, Permettent quelquefois les attentats des traîtres; Qu'ils ont à des tyrans asservi nos ancêtres; Mais qu'ils ne mettront pas en de pareilles mains La maîtresse du monde et le sort des humains. J'ose encore ajouter que son puissant génie, Qui n'a pu qu'une fois souffrir la tyrannie, Pourra dans Céthégus et dans Catilina Punir tous les forfaits qu'il permit à Sylîa.
CÉSAR
Caton, que faites-vous? et quel affreux langage! Toujours votre vertu s'explique avec outrage. Vous révoltez les cœurs, au lieu de les gagner.
( César s'assied. ) CATON, à César.
Sur les cœurs corrompus vous cherchez à régner. Pour les séditieux César toujours facile Conserve en nos périls un courage tranquille.
CÉSAR
Caton, il faut agir dans les jours des combats; Je suis tranquille ici, ne vous en plaignez pas.
35o ROME SAUVÉE.
CATON
Je plains Rome, César, et je la vois trahie.
O ciel ! pourquoi faut-il qu'aux climats de l'Asie,
Pompée, en ces périls, soit encore arrêté?
CÉSAR
Quand César est pour vous, Pompée est regretté?
c A TON.
L'amour de la patrie anime ce grand homme.
CÉSAR
Je lui dispute tout, jusqu'à l'amour de Rome.