ACTE IV, SCÈNE IV
Vous n'avez qu'un moment : jugez entre elle et lui.
CÉSAR
Un jugement trop prompt est souvent sans justice. C'est la cause de Rome; il faut qu'on l'éclaircisse. Aux droits de nos égaux est-ce à nous d'attenter? Toujours dans ses pareils il faut se respecter. Trop de sévérité tient de la tyrannie.
CATON
Trop d'indulgence ici tient de la perfidie.
Quoi ! Rome est d'un coté, de l'autre un assassin ,
C'est Cicéron qui parle, et l'on est incertain?
CÉSAR
Il nous faut une preuve; on n'a que des alarmes. Si l'on trouve en effet ces parricides armes , Et si de Nonnius le crime est avéré, Catilina nous sert, et doit être honoré 4r.
(à Catilina.)
Tu me connais : en tout je te tiendrai parole.
CICÉRON
O Rome ! 6 ma patrie ! 6 dieux du Capitole ! Ainsi d'un scélérat un héros est l'appui ! Agissez-vous pour vous, en nous parlant pour lui? César, vous m'entendez; et Rome trop à plaindre IN'aura donc désormais que ses enfants à craindre?
CLODIUS
Rome est en sûreté ; César est citoyen. Qui peut avoir ici d'autre avis que le sien?
cicéron.
Clodius, achevez : que votre main seconde La main qui prépara la ruine du monde. C'en est trop , je ne vois dans ces murs menacés
Que conjurés ardents et citoyens glacés. Catilina l'emporte, et sa tranquille rage, Sans crainte et sans danger, médite le carnage. Au rang des sénateurs il est encore admis ; Il proscrit le sénat, et s'y fait des amis; Il dévore des yeux le fruit de tous ses crimes : Il vous voit y vous menace, et marque ses victimes : Et lorsque je m'oppose à tant d'énormités, César parle de droits et de formalités; Clodius à mes yeux de son parti se range; Aucun ne veut souffrir que Cicéron le venge. Nonnius par ce traître est mort assassiné. N'avons-nous pas sur lui le droit qu'il s'est donné ? Le devoir le plus saint, la loi la plus chérie, Est d'oublier la loi pour sauver la patrie. Mais vous n'en avez plus.