‹ Théâtre de VoltaireChapitre 217 sur 339 · ACTE IV, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE IV

Les moments étaient chers, et les périls extrêmes. Je l'ai su, j'ai sauvé l'état, Rome, et vous-mêmes. Ainsi, par un soldat fut puni Spurius*0; Ainsi les Scipions ont immolé Gracchus.

Qui m'osera punir d'un si juste homicide? Qui de vous peut encor m'accuser?

C1CERON.

Moi , perfide !

Moi, qu'un Catilina se vante de sauver; Moi, qui connais ton crime, et qui vais le prouver. Que ces deux affranchis viennent se faire entendre. Sénat, voici la main qui mettait Rome en cendre ; Sur un père de Rome il a porté ses coups ; Et vous souffrez qu'il parle , et qu'il s'en vante à vous ? Vous souffrez qu'il vous trompe, alors qu'il vous opprime? Qu'il fasse insolemment des vertus de son crime?

CATILINA

Et vous souffrez, Romains, que mon accusateur Des meilleurs citoyens soit le persécuteur? Apprenez des secrets que le consul ignore; Et profitez-en tous, s'il en est temps encore. Sachez qu'en son palais, et presque sous ces lieux, Nonnius enfermait l'amas prodigieux De machines, de traits, de lances et d'épées , Que dans des flots de sang Rome doit voir trempées. Si Rome existe encore, amis, si vous vivez, C'est moi, c'est mon audace à qui vous le devez. Pour prix de mon service, approuvez mes alarmes; Sénateurs, ordonnez qu'on saisisse ces armes.

C I C É R O N , aux licteurs.

Courez chez Nonnius, allez, et qu'à nos yeux

Thé\tre. V. 9.3

On amène sa fille en ces augustes lieux. Tu trembles à ce nom !

CATILINA

Moi, trembler? je méprise Cette ressource indigne où ta haine s'épuise. Sénat, le péril croît, quand vous délibérez. Eh bien ! sur ma conduite êtes-vous éclairés?

cicéron.

Oui , je le suis , Romains , je le suis sur son crime. Qui de vous peut penser qu'un vieillard magnanime Ait formé de si loin ce redoutable amas , Ce dépôt des forfaits et des assassinats ? Dans ta propre maison ta rage industrieuse Craignait de mes regards la lumière odieuse. De INonnius trompé tu choisis le palais, Et ton noir artifice y cacha tes forfaits. Peut-être as-tu séduit sa malheureuse fille. Ah! cruel, ce n'est pas la première famille Où tu portas le trouble, et le crime, et la mort. Tu traites Rome ainsi : c'est donc là notre sort ! Et tout couvert d'un sang qui demande vengeance , Tu veux qu'on t'applaudisse et qu'on te récompense ! Artisan de la guerre, affreux conspirateur, Meurtrier d'un vieillard, et calomniateur, Voilà tout ton service, et tes droits, et tes titres. O vous des nations jadis heureux arbitres, Attendez-vous ici, sans force et sans secours, Qu'un tyran forcené dispose de vos jours ? Fermerez-vous les yeux au bord des précipices ? Si vous ne vous vengez, vous êtes ses complices. Rome ou Catilina doit périr aujourd'hui.

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