‹ Théâtre de VoltaireChapitre 233 sur 339 · CATILINA, CÉTHÉGUS · texte numérisé non relu

CATILINA, CÉTHÉGUS

CATILINA

Céthégus, l'heure approche où cette main hardie- Doit de Rome et du monde allumer l'incendie ; Tout presse.

CÉTHÉGUS

Tout m 'alarme, il faudrait commencer.

J'écoutais Cicéron, et j'allais le percer Si j'avais remarqué qu'il eût eu des indices

Des dangers qu'il soupçonne , et du nom des complices. Il sera dans une heure instruit de ton dessein.

CATILINA

En recevant le coup il connaîtra la main. Une heure me suffit pour mettre Rome en cendre. Que fera Cicéron ? Que peut-il entreprendre ? Que crains-tu du sénat ? Ce corps faible et jaloux , Avec joie , en secret , s'abandonne à nos coups. Ce sénat divisé , ce monstre à tant de têtes, Si fier de. sa noblesse , et plus de ses conquêtes , Voit avec les transports de l'indignation Les souverains des rois respecter Cicéron. Lucullus , Clodius , les Nérons , César même , Frémissent comme nous de sa grandeur suprême. Il a dans le sénat plus d'ennemis que moi. Clodius , en secret , m'engage enfin sa foi : Et nous avons pour nous l'absence de Pompée. J'attends tout de l'envie , et tout de mon épée. C'est un homme expirant qu'on voit d'un faible effort Se débattre et tomber dans les bras de la mort. Je ne crains que César, et peut-être Aurélie.

CETHEGUS

Aurélie , en effet, a trop ouvert les yeux. Ses cris et ses remords importunent les dieux. Pour ce mystère affreux son ame est trop peu faite; Mais tu sais gouverner sa tendresse inquiète. Ne pensons qu'à César : nos femmes, nos enfants Ne doivent point troubler ces terribles moments. César trahirait-il Catilina qu'il aime ?

Je ne sais : mais César n'agit que pour lui-même.

CETHEGUS

Dans le rang des proscrits faut-il placer son nom ? Faut-il confondre enfin César et Cicéron ?

CATILINA

Sans doute il le faudra, si par un artifice

Je ne peux réussir à m'en faire un complice ,

Si des soupçons secrets, avec soin répandus,

Ne produisent bientôt les effets attendus ;

Si d'un consul trompé la prudence ombrageuse

N'irrite de César la fierté courageuse ;.

En un mot si mes soins ne peuvent le fléchir, Si César est à craindre, il faut s'en affranchir. Enfin je vais m'ouvrir à cette ame profonde, Voir s'il faut qu'il périsse ou bien qu'il me seconde.

CKTHÉGCS.

Et moi je vais presser ceux dont le sûr appui Nous servira peut-être à nous venger de lui.

— Cette longue variante, qui ne se rattache pas bien clairement au texte , a été donnée par les éditeurs de Kehl , sans doute d'après un manuscrit; je n'ai encore vu aucune édition qui la contienne. B.

16 Dans une édition de Berlin, chez Etienne de Bourdeaux , 1752 , on lit:

Eh bien! sage "Caton. B.

17 CICERON

Il est trop vrai, Caton, nous méritons des maîtres;

Nous dégénérons trop des mœurs de nos ancêtres ;

Le luxe et l'avarice ont préparé nos fers.

Les vices des Romains ont vengé l'univers.

La vertu disparaît , la liberté chancelle ;

Mais Rome a des Catons, j'espère encor pour elle.

CATON

Que me sert la justice ? elle a trop d'ennemis ; Et je vois trop d'ingrats que vous avez servis. Il en est au sénat.

CICÉRON

Qu'importe ce qu'il pense ?

Les regards de Caton seront ma récompense.

— Cette variante donne lieu à la même observation que la variante i5. B.

,8 Sœvior armis

Luxuria incubuit , victumque ulciscitur orbem.

JuVÉNAL. VI.

J9 Et moi, Catiliua ,

De brigues , de complots , de nouveautés avide , Vajle dans ses projets, dans le crime intrépide , Plus que César encor je le crois dangereux ,

Beaucoup plus téméraire, et bien moins généreux.

Avec art quelquefois , souvent à force ouverte ,

Vain rival de ma gloire , il conspira ma perte.

Aujourd'hui qu'il médite un plus grand attentat,

Je ne crains rien pour moi , je crains tout pour l'état.

Je vois sa trahison , j'en cherche les complices ;

Tous ses crimes passés sont mes premiers indices.

Il faut tout prévenir. Des chevaliers romains

Déjà du Champ de Mars occupent les chemins.

J'ai placé Pétréius à la porte Colline ;

Je mets en sûreté Prénesle et Terracine.

J'observe le perfide en tous temps , en tous lieux.

Je sais que ce matin ses amis odieux

L'accompagnaient en foule au lieu même où nous sommes....

Martian l'affranchi, ministre des forfaits,

S'est échappé soudain , chargé d'ordres secrets.

Ai-je enfin sur ce monstre un soupçon légitime ?

CATON

Votre œil inévitable a démêlé le crime ; Mais surtout redoutez César et Clodius.... Clodius , implacable en sa sombre furie , Jaloux de vos honneurs , hait en vous la patrie. Du 'fier Catilina tous deux sont les amis. Je crains pour les Romains trois tyrans réunis. L'armée est en Asie , et le crime est dans Rome ; Mais pour sauver l'état il suffit d'un grand homme.

CICÉRO N

Sylla poursuit encor cet état déchiré ; Je le vois tout sanglant, mais non désespéré. J'attends Catilina ; son ame inquiétée Semble, depuis deux jours , incertaine , agitée ; Peut-être qu'en secret il redoute aujourd'hui La grandeur d'un dessein trop au-dessus de lui. Reconnu , découvert , il tremblera peut-être. La crainte quelquefois peut ramener un traître. Toi, ferme et noble appui de notre liberté, Va de nos vrais Romains ranimer la fierté : Rallume leur courage au feu de ton génie, Et fais , en paraissant , trembler la tyrannie.

Cette scène entre Caton et Cicéron précédait, dans les premières éditions , la scène entre Cicéron et Catilina , et commençait le second acte. K. — Voyez ma note à la lin de la variante i5. B.

38o NOTES ET VARIANTES

20 Dans l'édition de Berlin déjà citée en ma note 16 , le second acte commençait ainsi :

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